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RÉSULTAT DBS BROCHURES 28T
Quoi qu'en dise Thuau-Granville, je ne crois pas que les brochures les plus célèbres, celles qu'on aime à relire aujourd'hui, aient pénétré directement jusqu'aux couches inférieures du tiers état. Elles y ont pénétré peu à peu, indirectement. D'abord elles sont descendues jusqu'aux hommes de condition modeste, qui vivent en rapport journalier avec le peuple, qui ont assez de loisirs pour se livrer à des lectures sérieuses, assez d'instruction pour les comprendre et assez de bon sens pour les traduire, en langage plus simple, aux populations qui les entourent. Une fois gagnés à la Révolution, ces hommeslà se sont chargés de répandre les enseignements contenus dans les brochures, jusque dans les profondeurs du suffrage universel. D'ailleurs, en dehors des brochures les plus célèbres, il y en avait un grand nombre, conçues dans le même but et à peu près dans la même forme que les Instructions de Sieyès, c'est-à-dire destinées à guider les assemblées de bailliage et à leur fournir des modèles de cahiers, où se trouveraient formulés des vœux clairs et précis. Celles-ci exercèrent nécessairement une influence considérable. Les électeurs se les disputèrent comme des manuels, auxquels ils furent heureux de conformer leurs votes. A ce point de vue encore, la crise des brochures servait d'introduction à la rédaction des cahiers. L'une aide à se rendre compte de l'autre. Toutes deux nous conduisent, par une pente rapide, jusqu'au seuil de la grande catastrophe.
Les brochures ont encore produit un eflet moins important, mais qui mérite d'être rappelé ici au passage. Elles ont servi à mettre en évidence ceux qui les ont publiées : elles les ont recommandés au choix des électeurs, et elles en ont fait des députés aux États généraux. Il serait curieux de dresser la liste des écrivains qui ont reçu, de cette manière, la récompense de leurs écrits. On y trouverait à la fois les noms les plus connus
de la Révolution, Mirabeau, Sieyès, Mounier, Volney, Rabaut-Saint-Etienne, Target, Rœderer, etc., confondus avec des noms moins célèbres, Kervélégan, Gleizen, Desmeuniers, Gaultier de Biauzat, Delandine, et une foule d'autres. Robespierre lui-même n'a-t-il pag dû son élection à la brochure d'intérêt local, qu'il venait de publier sous ce titre : Avertissement à la nation Artésienne? N'est-ce pas elle qui lui a permis tout à coup de sortir de son obscurité? Aujourd'hui, les candidats se recommandent au choix des électeurs par des professions de foi, où ils se contentent de glisser quelques phrases banales, et qui ne leur coûtent ni talent ni réflexion. En 1789, les futurs députés ont tenu à honneur de prouver qu'ils étaient capables d'oeuvres plus méritoires. On peut combattre leurs doctrines. On peut railler leurs illusions. Mais cherchez, à notre époque, rien qui ressemble à cet immense concours de publications de tout genre, témoignage de convictions mûrement réfléchies, et d'habitudes de travail, devenues malheureusement trop çares.