‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 5)Chapitre 148 sur 331 · Hist. de la Rév., eodem, p · texte numérisé non relu

Hist. de la Rév., eodem, p

repos, menacé dans ses plus chers intérêts, ne pouvait garder le silence. De toutes parts, les officiers municipaux convoquèrent les habitants à se réunir, à délibérer, à se défendre ; quelquefois les habitants se réunirent d'euxmêmes, malgré leurs officiers municipaux. Ici encore les fautes de la noblesse produisirent leur effet accoutumé. A l'agitation, dont elle avait donné l'exemple, répondit Tagitation plus dangereuse des masses populaires : aux demandes intempestives, dont elle fatiguait les ministres, une longue série de délibérations, de protestations, de mémoires, où déjà perçait une sourde colère. Le tiers état hésitait d'autant moins à élever la voix, qu'il se sentait soutenu par une partie de la noblesse et la presque totalité du clergé inférieur. « Vingt-deux gentilshommes » S dit Sallier, « s'étaient jetés dans le parti démocratique, et le servaient puissamment de leur influence et de leurs intrigues. »

Au milieu de ces symptômes de discorde, Necker ne savait à quoi se résoudre. Il crut tout concilier en faisant rendre par le conseil un arrêt, en date du !•' novembre, qui convoquait les anciens états de Franche- Comté, mais uniquement « afin d'avoir un avis éclairé sur la meilleure manière de constituer dorénavant cette assemblée » ; et en ayant soin d'ajouter que le roi n'avait adopté cette mesure, qu'après avoir lu les délibérations de la noblesse et du clergé, et s'être assuré qu'elles annonçaient « la ferme intention de proposer des chanr gements conformes aux vues de sagesse et de justice qui l'animent ». Toujours la même méthode; louvoyer, consulter, échapper par tous les moyens imaginables à la nécessité d'une décision énergique. En exécution de Tarrêt du !•' novembre, les états se réunirent à Besançon, le 27, dans la même forme qu'en 1666. « Ce qu'il

i. Annales flrançaiseSy p. 295.

était facile de prévoir arriva '. Les trois ordres ne purent s'entendre. Au lieu d'un seul plan combiné en comniun, il y en eut deux, Tun présenté par la noblesse et le clergé, l'autre par le tiers. Dans le plan des deux premiers ordres, les états devaient* continuer , /?o«/r se conformer à T ancienne constitution^ à se composer de trois ordres, trois chambres et trois voix. Le plan du tiers état, copié sur celui que venait d'adopter le Dauphiné, se rapprochait beaucoup de la constitution des assemblées provinciales : les états n'y devaient former qu'une seule chambre, composée de 144 membres : 24 pour le clergé, 48 pour la noblesse, et 72 pour le tiers état. En réponse à cette double proposition, le roi adressa le 31 décembre un message aux états pour les dissoudre. « Les trois ordres, disait ce message, ne se sont pas accordés sur la manière d'organiser les états de la province : le roi se croit en conséquence obligé de s'assurer du vœu général des habitants. Comme il va se tenir, dans chacun des grands bailliages, une assemblée pour l'élection des députés aux États généraux, ces assemblées, en même temps que leurs cahiers de doléances, exprimeront, par un acte séparé, leur vœu respectif sur la constitution à donner aux états de la province. » Encore une enquête! Encore une consultation ! On dirait que la royauté française renonce absolument à prendre sur elle la responsabilité d'une détermination quelconque. D'où vient alors qu'elle ne se borne pas à dire simplement, et à répéter dans tous les cas analogues : Calmez votre impatience, les États généraux vont se réunir, et l'un de leurs premiers soins]sera de régler avec moi l'organisation provinciale de toute la France. Sans doute un tel langage lui paraissait trop ferme pour sa faiblesse, trop catégorique pour ses perpétuelles incertitudes.

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