Archives parlementaires, t. 1, p
356 LA CHUTE DE L'ilNCIEN RÉGIME
demeurer jour et nuit dans la salle des états. » Si, du moins, les ordres supérieurs s'étaient contentés de rester en permanence, pour l'honneur des principes, à titre de protestation matérielle et muette contre une décision qu'ils réprouvaient ! Mais ils n'étaient pas accoutumés à tant de réserve. « Cette résolution vraiment inconstitutionnelle, continue la Relation j cette désobéissance, cette révolte contre le droit le plus légitime du monarque, est la source des maux qui nous désolent et dont nous ne pouvons prévoir la fin. Ces assemblées, où le peuple n'avait plus de représentants, ne s'occupaient que de machiner contre ses plus précieux intérêts. Tous les actes qui en sont sortis ne tendent qu'à surpendre la religion du prince et à soulever le peuple contre ses défenseurs : Déclaration insidieuse de la noblesse, où elle met en problème l'inégale répartition des impôts, et accuse les députés des villes de vouloir tromper le peuple, et d'avoir mis seuls obstacle à la discussion de cette inégalité ; traductions infidèles de cette déclaration dans les trois dialectes usités en Basse-Bretagne, imprimées et envoyées par milliers dans les paroisses; protestation scandaleuse contre le Résultat du conseil du 27 décembre 1788, qui a fait bénir le nom du roi dans toute la France, et admirer M. Necker dans toute l'Europe; enfin, extrait raisonné des séances des états , écrit dicté par l'imposture mêmiB. » Cette longue énumération montre assez quelle activité fiévreuse déployaient les ordres supérieurs. Ils ne reculaient devant aucun prétexte de lutte. Ils ne négligeaient pas la moindre occasion d'attiser des flammes déjà si ardentes. Dans le môme temps, ils adressaient au roi mémoires sur mémoires, on pourrait môme dire, remontrances sur remontrances, réquisitoires sur réquisitoires; car ils se plaignaient de la protection qu*il accordait aux novateurs, de son indulg^nce pour
ceux qu'il disait lui-même en état de désobéissance, de son inertie pour la répression des actes d'insurrection, enfin des arrêts du conseil, qui avaient empêché le parlement de rechercher et de punir les auteurs des manœuvres pratiquées depuis trois mois dans la province *. L'aristocratie bretonne feignait d'oublier qu'au moment où elle tenait un langage si sévère, elle était elle-même en état de révolte ouverte, et qu'avant de donner des leçons à tout le monde, elle eût mieux fait de donner le premier exemple du respect dû aux lois de son pays.
D'un autre côté, Versailles était littéralement assiégé par deux députations, parties à la fois de Bretagne, une de la commission intermédiaire, et l'autre du parlement. Toutes deux joignaient leurs efforts pour arracher au roi ce qu'elles appelaient des mesures répressives. Un dernier incident servait de texte aux plaintes des magistrats. Malgré l'avertissement qu'ils avaient reçu en matière de presse et malgré les ménagements que leur imposaient des circonstances exceptionnelles, ils n'avaient pu résister à la tentation de signaler leur zèle, en condamnant au feu des écrits qui circulaient librement dans le reste de la France. Dès le lendemain (9 janvier 1789), ils avaient vu afQché sur les murs de Rennes un « arrêt du conseil d'État du peuple *, qui cassait leur décision. Bientôt, ils apprirent que cette parodie des formes usitées en pareil cas était distribuée dans toute la province et répandue jusqu'à Paris. A la nouvelle de se scandale, jusqu'alors inouï, les députés du parlement jetèrent feu et flamme. Soutenus par ceux de la commission intermédiaire, ils réclamèrent une satisfaction éclatante. Mais personne ne tenait plus compte de leurs insistances sans mesure