Arch. parL, l. III, p
l'obtenir coûte que coûte. Ici, les cahiers du tiers état se divisent en quatre catégories distinctes.
Les uns se bornent à s'en rapporter aux représentants élus, sauf à leur recommander un redoublement de zèle et d'énergie. « L'opinion publique », dit le tiers état de Paris intra muros S « parait avoir reconnu la nécessité de la délibération par tête, pour corriger les inconvénients de la distinction des ordres, pour faire prédominer l'esprit public, pour rendre plus facile Tadoption des bonnes lois. Les représentants de la ville de Paris se souviendront de la fermeté qu'ils doivent apporter sur ce point : ils le regarderont comme .un droit rigoureux, comme l'objet d'un mandat spécial. » Le tiers état de Saînt-Brieuc est plus pressant encore : « Afin de prévenir, dit-il, une nullité absolue des États généraux, de conserver au tiers l'influence qui lui appartient, et d'écarter les obstacles, qui pourraient s'opposer aux réformes les plus nécessaires, les députés emploieront tout ce qu'ils ont de raison et de courage, pour obtenir que les opinions y soient recueillies par tête et non par ' ordre. » Je conçois qu'on fasse appel à la raison des députés pour soutenir, dans une discussion, l'intérêt de leurs commettants; mais à leur courage, qu'est-ce que cela veut dire? Sinon qu'on les invite à tout risquer plutôt que de fléchir, même la menace, même l'emploi de la force, en un mot, tous les moyens que peut leur suggérer l'énergie de cœurs sans faiblesse.
Les cahiers du Dauphiné, on le sait déjà, rentrent dans une seconde catégorie. Ils ne se bornent pas à adresser un appel vague au zèle des représentants; mais d'un autre côté, la conduite, qu'ils leur tracent, offre le grave inconvénient de n'aboutir à aucun résultat positif. Ils leur défendent de délibérer séparément. Ils ajou-
!. Arch, parl.,t V, p. 28i.
tent qu'ils les désavoueront et qu'ils leur retireront leurs pouvoirs, s'ils contreviennent aux prescriptions ci-dessus. C'est un rôle en quelque sorte négatif qu'ils leur imposent. Que serait-il advenu, si d'autres n'avaient pas imaginé quelque moyen plus efficace? Aussi, malgré l'habitude contractée dans une foule de provinces de se modeler sur l'exemple des Dauphinois, je ne rencontre que deux ou trois cahiers, ceux d'Amiens, de CharoUes et de Forcalquier, où l'on ait adopté leur manière de voir, en ce qui touche le vote par tête.
Dans une troisième catégorie de cahiers, nous apparaît une solution bien autrement pratique. Celle-là permettait d'atteindre au résultat désiré, et qui mieux est, d'y atteindre sans s'écarter des limites d'une légalité rigoureuse. C'est sans doute ce dernier avantage qui lui assure partout de nombreuses adhésions. En voici quelques exemples. Cahier du tiers état du bailliage de la Montagne (Châtillon-sur-Seine) * : c Si les deux premiers ordres refusent d'opiner par tête, comme il est beaucoup de leurs membres, qui se rendent à la justice de la réclamation du tiers, celui-ci demande que ses représentants se réunissent aux membres des deux premiers ordres, qui auraient consenti d'opiner par tête, et que tous ensemble, ou même le tiers étant seul, se retirent par-devant le roi, pour supplier Sa Majesté de traiter avec eux, comme représentant réellement et légalement le corps national. Ce parti pourrait être le seul convenable pour empêcher la dissolution des États généraux au moment de leur ouverture. » Cahier général du tiers état de la sénéchaussée de Dax ou des Lannes ' : c Que, ai les deux ordres du clergé et de la noblesse ne voulaient pas accéder à la demande du tiers, pour rendre les déli«bérations communes, les députés du tiers... protestent
i. Archives parLf t. II, p. 710.