Arch, parL, t. VI, p. 231 et suiv
CHARGES qu'il SUPPORTE 543
Charges locales.
!• Un maître d'école et son casuel 700 liv.
2« L'entrelien des ponts, de la tour de l'église et du clocher et les corvées bourgeoises ! 200
3« Les difficultés qu'on veut nous faire, pour Tentretien de la nef de Téglise, malgré nos titres , et celui du presbytère, mis ici à néant et en attendant
4* Les droits d'étalon.. 50
5* Les milices 300
6» Les ports et réception d'ordres et de faux frais 60
!• Les autres frais ordinaires de communauté, comme garde-terroir, pâtre, etc 1 500
3 810 liv.
« Le tout fait un total de 34 742 livres
« Sur cela notre communauté a pour tous biens communaux environ 500 arpents d'héritages, en prairie, affermée, par devant notaire, la somme de 22 livres *, et la communauté dépense pour nourrir ses pauvres et autres quêtes encore bien 3000 livres.
€ On peut, d'après cela, juger de l'indispensable nécessité de faire une refonte de toutes les impositions, pour n'en former, comme on Ta dit, qu'une seiile, sur les bîens, les personnes et les marchandises...
« Que tous autres impôts soient anéantis, comme aussi les charges ecclésiastiques et seigneuriales, sauf, comme on l'a dit, à remettre par l'État, aux ecclésiastiques, seigneurs et propriétaires, les mêmes revenus qu'ils touchent et perçoivent sur le pauvre peuple. »
Pour le coup, personne ne sera tenté de reprocher aux doléances des paysans de Wasigny un défaut de précision. Ils nous donnent par sou, maille et denier, le budget des charges qui les écrasent. A peine -s'il leur reste quelques milliers de livres, pour subvenir aux
1. Evidemment il y a là quelque erreur d'impression. Si la commune de Wasigny a bien 500 arpents d'héritages, en prairie, elle les afferme plus de 22 livres, ou, si elle ne les afferme que 22 livres, c'est qu'elle n'en a pas 500 arpents. La dernière supposition est évidemment plus probable que l'antre.
544 LA CHUTE DB L'aNCIBN RÉGIME
besoins indispensables de leur pauvre communauté. La presque totalité de leurs ressources se trouve épuisée d'avance par le seigneur, l'église et le roi. Entre ces trois créances, ils ne distinguent ni la nature ni Torigine ; à leurs yeux, celle du seigneur constitue un véritable impôt, tout comme celle du roi, et, quoi qu'on dise, ils ne se trompent guère. Parmi les redevances qu'ils payent, la moindre partie [seulement, le terrage, peut être considéré comme le prix d'une concession de terrain, et encore, s'il fallait remonter à la source des choses, trouverait-on que, là aussi, il n'y a qu'un abus de la puissance féodale. En tout cas, et sauf quelques nuances peu importantes, le fait qui domine la situation, c'est la coexistence d'un triple impôt, qui grève à la fois les campagnes, impôt seigneurial, impôt ecclésiastique, impôt royal. Sous le poids de cette triple charge, les habitants de Wasigny disent à l'État : t II est évident que nous payons trop, vous ne sauriez le méconnaître. Eh bien! Fixez raisonnablement, équitablement, la somme que comportent nos ressources, somme unique, que nous vous verserons à vous, à vous seul. Ensuite vous vous arrangerez avec le seigneur et le clergé, pour les indemniser, s'il y a lieu. » Ce qu'ils disent, bien d'autres le pensaient, et môme bien d'autres ajoutaient que l'État n'aurait pas grand'chose à remettre, s'il ne donnait que ce qui était dû.
Sans entrer dans des détails aussi précis, et notamment sans invoquer aucun chiffre, le petit cahier du village .d'Artignosc, en Provence *, n*en est pas moins instructif ni moins digne d'attention. Celui-là évidemment n'est copié sur aucun modèle : il est bien l'expression sincère et naïve des sentiments de la petite assemblée, au nom de laquelle il a été rédigé. Aussi ir'y