CHARGES QU*IL SUPPORTE
cien régime, c'est la réunion de trois griefs accumulés. Si nous comparions aujourd'hui l'impôt que nos pères payaient à la royauté, avec celui que nous-mêmes nous payons à TÉtat, sans doute la comparaison ne serait pas à l'avantage de ce dernier. Mais ce dont nous ne saurions plus nous faire idée, c'est de l'effet produit par le triple fardeau, qui grevait jadis nos campagnes, impôt royal, impôt ecclésiastique, impôt seigneurial. Aussi quelle misère! quel cri de détresse! Ecoutez le cahier de Chatellerault, un échantillon pris entre cent : a Les députés, dit-il *, exposeront la misère affreuse des habitants de la campagne, réduits, dans toute la sénéchaussée, à se nourrir à l'ordinaire de pain et d'eau, et souvent à manquer même de pain, lequel est toujours le plus noir et le plus grossier. » Ajoutezy ce passage emprunté au cahier de Nîmes ^ : « Le tiers état de la sénéchaussée, en mettant sous les yeux de Sa Majesté les très respectueuses représentations de son bon peuple des campagnes, ne peut éviter d'affliger son cœur paternel, en lui parlant des maux de cette partie intéressante de ses sujets. Il épargne à la sensibilité de Sa Majesté le tableau douloureux de la misère, qui règne dans un grand nombre de contrées, surtout dans les Cévennes, où les impôts, levés pour le prince, sont peut-être les moins onéreux, où le peuple peut à peine se procurer sa subsistance, où ce sont des haillons qui le couvrent et de mauvais pain qui le nourrit, et où des vexations, d'autant plus faciles qu'il est faible, et d'autant plus odieuses qu'il est malheureux, lui enlèvent le prix de ses travaux. » Moins d'un siècle s'est écoulé depuis que ces lignes ont été écrites. A son tour, la France contemporaine a traversé de rudes et terribles épreuves, et cependant quelle différence! Nous en som-