Mémoires^ 1. 1, p
Morellet était un abbé de cour, devenu étranger au tiers état par le bénéfice ecclésiastique, dont il avait trouvé doux de se faire pourvoir. Si l'assemblée primaire de Chàteauneuf-en-Thimerais lui a refusé ses suflfrages, il faut reconnaître que, dans l'espèce, sa position nuisait singulièrement à son mérite.
C'est surtout dans les assemblées du second degré, que se livra la grande bataille. C'est là qu'il faudrait pouvoir en suivre les péripéties, pour savoir exactement quelle influence y exercèrent les intrigues, dénoncées par Sallier, sans preuves et même sans détails. Il se borne à nous apprendre que * « là , tous ceux qui s'étaient signalés par leur haine contre la noblesse recueillaient le prix de leurs travaux ». L'indication n*est pas sans valeur. Elle met en lumière un des principaux mobiles auxquels obéirent les électeurs du tiers état Depuis plus d'un an, Taristocratie française n'avait reculé devant aucune imprudence. A force de braver l'irritation publique, elle avait fini par détourner contre elle une partie du courant révolutionnaire. D'abord, on s'en était pris aux vices de la royauté vieillie, au despotisme ministériel, aux excès du pouvoir central et de ses agents. Maintenant, c'était aux ordres supérieurs qu'on en voulait le plus. Commencée au nom de la liberté, la lutte se continuait, plus ardente que jamais, au nom de l'égalité, et désormais, elle ne devait plus perdre ce double caractère.
A vrai dire, il y avait là de quoi donner à réfléchir aux membres de l'aristocratie, qui, dès l'origine, s'étaient lancés dans le mouvement libéral. Aucun ne s'émut de la perspective que les dernières tendances des masses populaires offraient à leurs regards. Tous ou presque tous continuèrent à soutenir hautement, et