Voir cette réponse, eodem
parce qu'elle était le résultat de causes lointaines et profondes, qu'il ne dépendait pas de lui de faire disparaître. Parmi ces causes, il citait d'abord la cherté des vivres, dont tout le monde gémissait sans pouvoir y porter remède, d'autres encore, qu'il ne craignait pas de dénoncer à haute voix, telles que l'insolence et l'iniquité des ordres privilégiés, et la sévérité intempestive du parlement d'Aix. Bientôt Teffervescence dégénéra en émeutes. La maison du fermier des octrois fut saccagée, plusieurs boutiques de boulangers pillées, et les officiers municipaux contraints de taxer le prix du pain fort au-dessous de la valeur réelle *. Une fois cette baisse admise, il paraissait impossible de la révoquer, et, d'un autre côté, l'état des finances de la ville ne permettait pas de soutenir longtemps les sacrifices qu'exigeait une telle mesure. Tout présageait une crise imminente.
A ces nouvelles, Mirabeau s'empresse de revenir sur le refus qu'il avait d'abord opposé à la demande de M. de Caraman et il se rend à Marseille, où sa présence suffit pour calmer les esprits. A peine est-il arrivé, qu'il adresse au peuple Marseillais un Avis ' sur la question de la taxe du pain, véritable chef-d'œuvre de raisonnement, mis à la portée de tout le monde. Il y démontre que le prix réel de la livre de pain est de 34 deniers, tandis que les officiers municipaux se sont vus contraints de la taxer à 24. C'est là une décision fâcheuse, dont l'effet ne saurait être maintenu plus longtemps. Il faut que le peuple de Marseille en reconnaisse l'injustice. Il faut qu'il se résigne à payer le pain ce qu'il vaut et que, néanmoins, il s'abstienne de tout désordre. « Oui, mes amis, s'écrie Mirabeau, on dira partout que les Mar-