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Condé promettait Tappui de sa renommée militaire. On comptait sur le maréchal de Broglie qui commandait à Metz, et qu'on pouvait appeler à Versailles dans un moment décisif. Le garde des sceaux annonçait que les parlements prêteraient leur concours aux fidèles amis de la monarchie. Le comité parcourait avec orgueil les noms inscrits sur sa liste; mais l'homme qu'il jugeait doué de la plus rare capacité, le ministre futur qui devait sauver la France, c'était le baron de Breteuil, que nous avons vu si médiocre, si peu fait pour gouverner l'État. Réservé aux plus grandes destinées, Breteuil se tenait mystérieusement à l'écart dans une de ses terres, d'où il entretenait une correspondance active, pour hâter l'époque où sa nomination au ministère annoncerait le retour de l'ordre et le salut du royaume. » Pour peu que Necker se fût montré plus exigeant vis-à-vis du roi, il n'eût fait que hâter l'instant de sa chute. Son successeur était déjà tout prêt à le remplacer.
Depuis que Droz a publié ces lignes, elles ont reçu une confirmation éclatante par les aveux d'un des personnages qu'elles incriminent, comme ayant pris une part active à cette conjuration du gouvernement occulte contre le gouvernement officiel. Nous savons déjà que, poussé par une haine implacable contre Necker, le garde des Sceaux, M. de Barentin, a éprouvé le besoin d'entretenir la postérité de ses luttes avec le directeur général. Il s'est lui-môme chargé de nous apprendre que son rôle, dans les derniers conseils du roi Louis XVI, consistait spécialement à combattre les propositions de Necker, et son « funeste ascendant * » sur quelques ministres. Il s*est complu à nous étaler ses doctrines dignes d'un autre âge. A l'en croire, la constitution française ne permettait pas que les États généraux fus-
1. Mémoire autographe de Bai*eiU%nj sur Us derniers conseils de Louis XVI, p. 11.
sent assimilés à une assemblée représentative, et s'arrogeassent d'autres droits que celui de déposer aux pieds du trône les doléances de leurs commettants *. Il en était resté aux anciens principes de droit public, dont Saint-Simon désespérait d'obtenir le maintien. D'ailleurs, qu'y avait-il à changer dans l'ancien régime? « Un déficit dans les finances, d'autant plus facile à combler qu'on s'était plu à l'exagérer, des prodigalités aisées à réprimer, surtout sous un prince dont le goût pour une économie sévère n'était contrarié par aucune passion, et des abus, fruits du temps, mais qu'une réforme exacte aurait fait disparaître, ne peuvent autoriser l'ébranlement des bases sur lesquelles repose un État... * » Avec de telles idées, Barentin en était arrivé à partager l'avis soutenu par son collègue Villedeuil, dans la séance du 27 décembre 1788. Lui aussi, il demandait qu'on renonçât pour le moment à assembler les États généraux, « attendu Teffervescence '», et puisque Necker refusait de lui donner satisfaction sur ce point, il s'en dédommageait en complotant avec la cour les moyens de se débarrasser des États en dépit de Necker. Membre du gouvernement officiel, il se mettait tout entier au service du gouvernement occulte, singulier exemple des vices qui paralysaient à cette époque Taction d'un ministre quelconque. Villedeuil ne se croyait pas plus lié que Barentin par les devoirs de ses fonctions officielles. Bientôt la majorité des ministres combattit sous un autre drapeau que celui du collègue qui passait pour leur chef.
Evidemment la reine elle-même n'était plus dans les dispositions d'esprit qui l'avaient un instant brouillée avec les Polignac, avec le comte d'Artois, avec ses plus