‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 5)Chapitre 303 sur 331 · Mémoires, t. I, p. 283 (1" édit · texte numérisé non relu

Mémoires, t. I, p. 283 (1" édit

vaincu que la principale cause des embarras de Necker et de ses indécisions n'était autre que la connaissance exacte qu'il avait des dispositions du roi, et la certitude de rencontrer en lui une résistance invincible, si jamais il risquait de lui proposer un plan franchement libéral. C'était un étrange composé de faiblesse et d'entêtement que le malheureux Louis XVL En vain, l'on dit et Ton répète qu'il s'est résigné à de bien plus pénibles sacrifices. Oui, sous le coup d'une nécessité pressante, quand la force des choses ne lui laissait aucune liberté de choisir. Mais, à ce moment même, la cour se flattait d'être bientôt débarrassée des Etats généraux, sans aucune concession sérieuse, ou du moins, au moindre prix possible, et jamais le roi n'avait tardé longtemps à partager les idées de la cour. Pour savoir ce qu'il pensait alors, nous n'avons qu'à jeter un rapide coup d'œil sur ce qui se passait autour de lui.

Notons d'abord que les contemporains les plus sages et les plus modérés dans leurs appréciations, n'hésitent pas à rejeter sur la cour, sur le gouvernement occulte^ la majeure partie des fautes que nous sommes tentés d'imputer au gouvernement officiel, c'est-à-dire à Necker. Le comte Miot de Mellito, dans ses Mémoires *, à propos de la convocation des États généraux, s'exprime ainsi : « Aucune bonne foi, aucune sincérité n'avaient présidé à cette résolution. Loin de chercher à aplanir les difficultés, que la disposition des esprits et la double représentation accordée au tiers état allaient faire naître sur le mode de délibération, on se plut à

les accroître, par le silence affecté que Ton gardait sur un point aussi important. Tout Tespoir des courtisans fut que ces difficultés deviendraient tellement insolubles, que la réunion des États deviendrait impossible, et c'est dans ce sens que toutes les intrigues furent dirigées. » Droz n'est pas un contemporain, à proprement parler. Mais il a connu plusieurs des survivants de la période révolutionnaire, il a recueilli leurs confidences, et les a contrôlées les unes par les autres, et ses attestations ont presque la valeur de celles des témoins oculaires. Or il va plus loin encore que le comte Miot de Mellito. Il reproche aux courtisans une telle hostilité contre les États généraux, qu'ils ne se contentaient point de chercher à entraver leur marche, ils combinaient les moyens de s'en débarrasser complètement, fût-ce à Kaide d'un coup de force. « Tandis que le ministère », dit Droz, « restait dans l'inaction, les partis s'agitaient. Les courtisans ne s'accoutumaient point à l'idée que le pouvoir, les faveurs et les dépenses allaient avoir des limites : ils voyaient du même œil les hommes qui demandaient de sages réformes et les plus fougueux révolutionnaires; corriger les abus, c'était détruire la monarchie. Après avoir tenté de faire ajourner indéfiniment les États généraux, ils s'occupaient des moyens d*en être délivrés. A leur tête étaient les Polignac, dont la société particulière formait un comité, qui se flattait de diriger bientôt les affaires publiques. La reine, qui, dans le temps où le conseil accorda la double représentation, s'était presque brouillée avec sa favorite, lui avait rendu toute sa confiance. Le jeune comte d'Artois, plein d'idées chevaleresques, ne voyait pas de rôle plus séduisant, plus beau, que celui de chef de la noblesse française. Le prince de

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