PRÉCAUTIONS CONTRE LA MISÈRE
Louis XVI, avec rassentissementdu roi et des ministres, entendait la mécanique à observer vis-à-vis de l'assemblée souveraine qui s'apprêtait à lui dicter les volontés de la France. Prenant le contre-pied des principes de prudence, posés par Saint-Simon, elle se serait évertuée à dresser pour son usage, la liste des fautes à commettre, qu'elle n'aurait pu la faire ni plus complète, ni plus complètement réussie.
De toutes les recommandations que Saint-Simon adressait au gouvernement assez hardi pour rouvrir les portes des États généraux, il n'y en avait aucune sur laquelle il insistât davantage, que celle de veiller au maintien de l'ordre public. Il comprenait sans peine qu'un tel changement de régime était de nature à produire sur les esprits une commotion violente, et à susciter partout des troubles redoutables. Pourtant, il ne prévoyait pas, il ne pouvait prévoir la terrible complication en face de laquelle allait se trouver le gouvernement de Louis XVI, c'est-à-dire, la famine et les souffrances déterminées par un hiver exceptionnel. La cour abandonna à Necker le soin de conjurer les suites de ce& deux fléaux. Malgré la haine qu'ils lui portaient, les courtisans étaient bien forcés de reconnaître au fond du cœur, qu'en pareille matière, lui seul était capable d'inspirer confiance aux négociants, de traiter avec eux à des^ conditions acceptables, d'organiser avec leur concours la régularité des approvisionnements et de réunir les sommes énormes qu'ils menaçaient d'absorber, et surtout de faire face à cette dépense extraordinaire, comme il avait déjà pourvu aux dépenses courantes du trésor. Necker accepta cette tâche ingrate, et s'y dévoua tout
entier. Il n'attendit même pas que la disgrâce deLamoignon lui assurât la liberté d'allures, dont il croyait avoir besoin pour remplir utilement les nouvelles fonctions de directeur général. Dès le 7 septembre 1788 \ il fit rendre par le conseil un arrêt, qui suspendait l'exportation des blés indigènes. A partir de cette date, sa vigilance et sa sollicitude se signalèrent par une longue série d'actes analogues, qui se prolongea jusqu'à la veille de la réunion des États généraux *. Ce n'est pas seulement par des actes publics, c'est surtout à l'aidede combinaisons secrètes, de soins de chaque instant, qu'il parvint à pallier les effets désastreux de la crise, et qu'il l'empêcha d'atteindre les proportions inquiétantes, que semblaient annoncer les premiers symptômes du mal. Témoin de ses efforts, Malouet, l'intègre Malouet s'est fait un devoir de lui r^idre, dans ses Mémoires, pleine et entière justice. « Une autre cause, dit-il ', d'embarras et d'anxiété pour le conseil, dont on a fait un crime à M. Necker et qui ne peut, au contraire, que lui faire honneur, en excusant une partie de ses fautes, était la disette du blé. On a osé l'accuser d'accaparement et d'une disette factice, comme s'il n'était pas notoire qu'une succession de mauvaises récoltes avait dégarni tous les marchés. Tous les fléaux fondaient à la fois sur cette malheureuse France. La disette et la crainte des insurrections, qu'elle provoquait, bouleversaient M. Necker : les moyens d'y pourvoir absorbaient ses jours et ses nuits, et la majeure partie de l'argent dont il pouvait disposer. *
Eh bien! le croirait-on? de tels services, si précieux, si évidents, si incontestables ne désarmèrent ni le dé-