RENVOI DE BRIENNE
primer, en sorte que la convocation des États apparaissait aux meilleurs esprits, comme « un moyen de confiance > et comme un « moyen (Tordre * * . N'eussent-ils eu que ce dernier motif, les ministres n'avaient pas besoin d'en chercher un autre pour justifier leur détermination. Quand le pouvoir absolu n'a plus la force de maintenir l'ordre autour de lui, il ne lui reste d'autre ressource que de se transformer le plus vite possible en pouvoir constitutionneL
La preuve irrécusable, que Brienne loin de se trop presser, n'avait que trop attendu, résulte de cette banqueroute partielle, dont parle Lafayette et qu'il représente comme cousue avec l'arrêt du 8 août. C'est là qu'il faut voir à quelles extrémités l'avait réduit l'opposition combinée des parlements, de la noblesse et du clergé. En même temps qu'ils tarissaient les ressources pécuniaires, sur lesquelles le gouvernement comptait pour assurer la marche de ses divers services, ils augmentaient, dans des proportions importantes, le chiffre des dépenses qu'il avait prévues. Provoquée par leurs passions, entretenue par leur opiniâtreté, la guerre civile devenait presque aussi coûteuse qu'une guerre extérieure. Au moment même où nous sommes parvenus, ne fallait-il pas entretenir, sous les murs de Rennes, un camp rassemblé là pour avoir raison de l'aristocratie bretonne? Brienne, ne sachant comment faire face aux besoins du trésor, s'était vu contraint de recourir à des expédients, qui donnent une idée de son embarras. Déjà il avait détourné de la Caisse des invalides.
i. Mémoirei de Weber, p. 151.
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une somme assez considérable, qui ne devait être employée qu'au profit de cet établissement* Bientôt, il se vit réduit à faire quelque chose de pire encore. « Une grêle affreuse venait de ravager les campagnes à vingt lieues autour de la capitale ^ : la bienfaisance du public avait été sollicitée pour porter des secours aux malheureux cultivateurs ruinés; un emprunt de douze cent mille livres en forme de loterie avait été ouvert à cet ■efiet; Loménie, dans sa détresse, avait encore pillé ce dépôt sacré. » Bien entendu ce n'était pas à l'aide de moyens si misérables qu'il pouvait combler le gouffre entr'ouvert sous ses pas. A peine s'il parvint à retarder •de quelques jours le moment où il dut faire Taveu public de son impuissance.
Pendant la journée du 16 août, on entendit tout à coup crier dans les rues de Versailles et de Paris un nouvel arrêt du conseil concernant tordre et la forme 4es paiements. Sous ce titre mitigé, dont Rivarol avait fourni l'idée à Brienne, se cachait, sinon une véritable banqueroute, du moins un atermoiement, que l'État imposait à la majorité de ses créanciers. Les remboursements ou payements à faire en capitaux, pour quel- •que cause que ce fût, étaient retardés d'une année. Jusqu'à la fin de 1789, les dépenses courantes, même les arrérages des rentes perpétuelles et viagères, devaient être acquittées partie en argent et partie en bons du trésor productifs d'intérêt à 5 0/0, sans indication d'échéance fixe. Encore, sous prétexte que ces bons ne pouvaient ^tre prêts avant le 1«' septembre, tout versement dans lequel ils devaient entrer demeurait suspendu jusqu'à •cette époque. Voilà ce que l'arrêt du 16 appelait, par un singulier euphémisme, régler l'ordre et la forme des payements. Après le premier moment de stupeur,