‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 5)Chapitre 36 sur 331 · RENVOI DE BRIENNE 7S · texte numérisé non relu

RENVOI DE BRIENNE 7S

on chercha sous le coup de quelle nécessité, Brienne avait pu se résoudre à une mesure si grave, et l'on ne tarda pas à découvrir que toutes les caisses étaient vides, toutes les ressources disponibles épuisées d'avance, qu'enfin il ne restait plus au trésor, pour subvenir aux besoins les plus urgents, qu'une somme de quatre cent mille livres. Derrière l'atermoiement, stipulé par l'arrêt du 16, on entrevit, dans un avenir prochain, la banqueroute inévitable.

C'est encore à Lafayette qu'il faut s'adresser ici, pour connaître l'efifet produit sur les contemporains par l'arrêt du 16 août. Il en envoie le texte à l'un de ses correspondants, et il ajoute * : « J'en parle, je l'avoue, avec douleur et colère. Je m'étais flatté que le calme allait renaître, que les ministres allaient recouvrer la confiance, que tout le monde s'unirait avec eux pour travailler au bien public; et moi, simple particulier, j^écrivais et je parlais à mes amis et mes connaissances pour leur dii-e, qu'à présent que les Etats généraux étaient indiqués, et la cour plénière détruite, il fallait bien vite se détacher de toute espèce d'opposition, qui sentirait l'esprit de corps. J'ai dit et mandé des choses pour lesquelles on va se moquer de moi, pour lesquelles on me soupçonnerait, si je n'étais pas moi. Et voilà que cette maudite suspension déjoue tout le mérite de l'arrêt des États généraux, qu'elle aigrit tous ceux qui vont en souffrir. On va plus loin; on croit que les ministres veulent éviter les États généraux; cette opinion est absurde. Je suis bien persuadé qu'on ne le veut pas, qu'on n'oserait même pas le proposer à un roi aussi honnête homme que le nôtre, qu'on ne le pourrait pas, que le premier effet de cette mesure serait

1. Voyez Mémoires et correspondances de Lafayette, t. H, p. 233. Lettre adressée à un correspondant inconnu, et dont nous avons déjà cité un passage.

une cessation d'impôts dans tout le royaume. Mais enfin, on va le dire, on va rallumer le mécontentement et doubler la défiance. J'étais avant-hier, depuis une heure, avec un conseiller de ma connaissance. Je lui avais dit combien il serait ridicule au parlement de s'occuper dans ce moment de ses intérêts particuliers : je l'avais fait convenir de l'utilité de plusieurs bailliages, et de la nécessité de donner au gouvernement les moyens d'aller jusqu'au mois de mai. Je lui avais répété dix fois que je faisais trop de cas de lui, pour le croire ce qu'on appelle un parlementaire. Je lui avais représenté qu'on devait savoir gré aux ministres de l'annonce des États généraux et de la suspension de la cour plénière, qui étaient les deux points importants. Jugez de mon embarras, lorsqu'en entrant dans mon cabinet, M. le Coulteux m'a apporté ce maudit arrêt du conseil. J'en ai été presque aussi honteux que si je Tavais fait. Je crois que le gouvernement devrait se presser de donner une nouvelle certitude aux États généraux, par l'annonce de la forme, l'envoi des lettres, etc. Cette démarche ramènerait un peu de confiance, qui, sans cela, se perdra chaque jour davantage... Paris est consterné. On a dédoublé les troupes et fait des dispositions. Mais, quoique lé pain soit renchéri, il n'y. a pas eu d'émeute, ni même d'attroupements. »

On voit que Lafayette envisageait les événements avec la calme impartialité d'un honnête homme, étranger aux mesquines intrigues. Comme il n'espérait aucun profit pour sa cause de la chute de Brienne, il ne songeait pas à exagérer , pour le perdre , la gravité de la situation. Ce n'était pas l'affaire des ennemis, déchaînés contre le principal ministre. Ils exploitèrent la panique, qui s'était emparée des rentiers et capitalistes, lis représentèrent la capitale comme menacée d'une insurrection terrible. Leurs clameurs émurent

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