‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 5)Chapitre 39 sur 331 · RAPIDITÉ DU MOUVEMENT · texte numérisé non relu

RAPIDITÉ DU MOUVEMENT

tuelle, » que c les finances sont trop dérangées pour être rétablies par aucun système hors de la réunion des Etats généraux, » et que cette réunion, devenue inévitable, € ne peut se faire sans provoquer une révolution dans le gouvernement. » Toutefois il ne faudrait pas s'y tromper. Ici le mot de révolution n'est employé que comme synonyme de réforme plus ou moins profonde, et personne ne distingue encore dans quel sens doit s'accomplir cette réforme, quelles en seront les conséquences, et surtout à quelles classes elle profitera.

L'incertitude des conjectures, auxquelles tout le monde se livre autour de lui, n'échappe pas à la sagacité d'Young. Il la signale en ces termes : c On tombe d'accord que les États généraux ne peuvent s'assembler, sans qu'il en résulte une liberté plus grande. Mais je rencontre si peu d'hommes qui aient des idées justes à cet égard, que je me demande l'espèce de liberté qui en naîtrait. On ne sait quelle valeur donner aux privilèges du peuple. Quant à la noblesse et au clergé, si la révolution ajoutait quelque chose à leur faveur, je suis^ d'avis qu'elle ferait plus de mal que de bien \ » Ainsi, vers la fin d'octobre 1787, le résultat paraît si douteux, Tavenûr reste si obscur, qu'Arthur Young se demande qui bénéficierait de la réunion des États, et entre lea mains de qui tomberait la part d'autorité que la couronne était menacée de perdre. Les prétentions des ordres supérieurs l'effrayent. Il craint qu'à force d'insistance et de bruit, ils ne parviennent à conquérir quelques nouvelles faveurs. Au contraire, il n'entend nulle part r^ clamer, d'une manière nette et précise, ce qu'il appelle les privilèges du peuple, ce que nous appelons, nous, les droits du tiers état. Dans les rangs de la bourgeoisie, avec laquelle il entre en relations, les plus ardents, s'il

l. Bodem, p. 115. Lettre da 17 octobre 1187.

faut l'en croire, « aspirent à du nouveau, sans savoir ni quoi désirer, ni quoi espérer*. » Ils attendent, ils observent, ils n'osent pas se prononcer. Aucun d'eux ne soupçonne que le pays est à la veille d'une révolution politique et sociale, dans laquelle ils vont être appelés à jouer le principal rôle et à recueillir les plus grands profits.

Un an s'écoule : Young revient en France et le naouvement qu'il y remarque a pris un caractère tellement accentué, qu'il est impossible de se méprendre sur sa nature et sur ses conséquences. « Nantes, écrit-il à la date du 22 septembre 1788 *, est aussi enflammé pour la cause de la liberté qu'aucune ville de France. Les conversations, dont je viens d'être témoin, m'ont fait voir l'incroyable changement qui s'est opéré dans l'esprit des Français, et je ne crois pas possible pour le gouvernement actuel de durer un demi-siècle de plus, si les talents les plus éminents et les plus courageux ne tiennent le gouvernail. La révolution d'Amérique en entraînera une autre en France, si le gouvernement n'y prend garde. » Cette fois, ce ne sont plus les prétentions de la noblesse et du clergé qui effrayent notre voyageur. Le tiers état s'est décidé à faire connaître les siennes, et le bruit de sa voix couvre déjà toutes les autres. On sait maintenant ce qu'il veut. On sent qu'il est assez fort pour l'obtenir en dépit de vaines résistances. C'est la liberté américaine, la liberté pour tous. Bientôt il demandera aussi régalité, et l'ancien régime s'écroulera d'une seule pièce.

Les observations d'Arthur Young sont confirmées par le témoignage des autres contemporains. Ils affirment tous que, sous le ministère de Brienne, la France subit une transformation aussi rapide que complète. Quiconque s'en éloignait pendant quelques mois, éprouvait, en

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