Page
destinées de l'ancienne monarchie. Avant de le quitter, jetons un coup d'œil sur l'état dans lequel sa brusque disgrâce abandonnait le royaume.
Une première chose nous frappe dès Tabord, c'est le changement extraordinaire qui s'est opéré dans la disposition des esprits en moms de deux années. Ceux qui ont vu la France à la fin de 1786, si calme et si indifférente, du moins à la surface, si soumise au joug de l'ancien régime, qu'elle ne tentait pas le moindre effort pour s'y soustraire, la retrouvent, au moment de la chute deBrienne, ardente, irritée, prête à toutes les exigences, capable de toutes les hardiesses. On dirait un autre pays , une autre nation. Ceux-là mêmes qui ont assisté au début de la crise, et qui en ont immédiatement compris la gravité, s'étonnent de la rapidité de sa marche et de l'étendue de ses progrès. Voici par exemple un observateur judicieux et impartial, un Anglais, Arthur Young. Il a fait un premier voyage chei nous au mois de septembre 1787. Déjà l'annonce du déficit, les discussions de l'assemblée des Notables, Yavertissèment de Gerbier, la chute de Galonné, l'opposition du parlement de Paris, la demande des États généraux, une série d'événements inouïs jusqu'alors ont provoqué une fermentation générale. A chaque pas, notre voyageur recueille la même impression. « Tous s'accordent, dit-il • , à pressentir quelque chose d'extraordinaire. » Dans les familles où il est admis, dans les conversations auxquelles il se mêle, l'opinion dominante est que le ministère « ne pourra tirer le pays de la situation ac.
1. Voyages en France, par ArUmr Young, 1. 1, p. 108. Lettre du 14 octobre 1787.