I. Cotmdér. sur la Rév. fi*., t. I, p
rait contre eux. Ils ont provoqué l'insubordination dans l'armée. Ils ont été jusqu'à faire un crime à des officiers nobles de rester fidèles à leur devoir, en face d'une insurrection de la noblesse, sans songer qu'à leur tour sous-officiers et soldats s'autoriseraient de leur doctrine pour refuser de se battre contre une insurrection populaire.
Grâce à eux, la période qui s'étend depuis la clôture de l'assemblée des Notables est une période d'anarchie matérielle et morale. Assurément ce serait une erreur et une injustice, que d'assimiler cette anarchie d'origine aristocratique avec l'anarchie révolutionnaire, qui allait bientôt bouleverser la France. Elles n'offrent pas à coup sûr le même caractère de gravité. Elles diffèrent par l'étendue et la profondeur du désordre, par la proportion du sang répandu, des ruines amoncelées. Mais, enfin, elles se suivent sans interruption, sans répit. L'une conduit à l'autre par une pente fatale. C'est donc une erreur encore plus lourde, une injustice plus criante que d'ouvrir l'histoire de la Révolution au début de l'année 1789, d'y recueillir les premiers grondements du volcan populaire et dé s'écrier : c Voilà les tristes conséquences des idées de liberté et d'égalité imprudemment répandues; sous l'empire de ces idées dissolvantes, l'émeute naît d'elle-même, sans provocation immédiate; elle éclate tout à coup au milieu d'un ciel serein; voilà Fanarchie spontanée. » Remontez aux deux années qui précèdent, à 1787, à 1788. Vous y trouverez l'origine des désordres que vous déplorez. Vous suivrez sans peine leur filiation. Vous reconnaîtrez que l'anarchie révolutionnaire descend en ligne directe de l'anarchie privil giée.
L'une des premières et des plus graves conséquences de cette anarchie persistante fut d'enlever à la royauté le vieux prestige qui voilait sa décadence. La France a tou-