I. Mémoires de Weber, p
86 LA CHUTE DE l'aNCIEK RÉGIME
née les contemporains, quand ils écrivent, reprochent à Louis XVI de n'avoir eu ni la force de gouverner luimême, ni la sagesse de laisser ses ministres gouverner pour lui. Dans leurs conversations intimes, ils n'emploient pas tant de circonlocutions. La liberté de leurs plaintes ne laisse aucun doute sur Tamertume de leurs sentiments. Arthur Young, qui recueille leurs propos, en témoigne sa surprise : « Les voyageurs, dit-il *, même de ces derniers temps, parlent beaucoup de l'intérêt remarquable que prennent les Français à ce qui concerne leurs rois, montrant, par la vivacité de leur attention, non seulement de la curiosité, mais de l'amour. Où, comment et chez qui l'ont-ils découvert? C'est ce que j'ignore. Il doit y avoir de l'inexactitude, ou bien le peuple a changé depuis peu d'années, au delà de ce qu'on peut croire. » Qu'eùt-il dit, s'il avait eu l'occasion de pénétrer dans un de ces conciliabules politiques, où la vivacité du langage était encore plus grande que dans les salons? Il y eût entendu un magistrat, un conseiller du parlement de Paris, d'Éprémesnil, célèbre il est vrai par son ardeur intempérante, ne parler de rien moins que de débourbonnailler la France *.
Si le mécontentement général et l'effervescence toujours croissante des esprits ne s'arrêtait plus devant la personne du roi, on conçoit qu'elle ménageait encore moins celle de la reine. Courtisans et parlementaires s'unissaient pour la dénoncer à la vindicte publique. Les attaques les plus perfides lui venaient d'en haut et souvent de son entourage, des personnes qu'elle ^vait honorées de son amitié la plus intime. Pendant longtemps le tiers état ne prit aucune part à ces vilenies. Maig quand il vit les faveurs scandaleuses accumulées sur la tête de Brienne et sur les membres de sa famille, il en