‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 5)Chapitre 89 sur 331 · NOUVELLE CONVOCATION DES NOTABLES · texte numérisé non relu

NOUVELLE CONVOCATION DES NOTABLES

valent exercer sur un homme si incertain, si désireux de réunir tous les suffrages, si préoccupé de conserver une place qu'il avait tant regrettée. « Voilà enfin », écrivait-il le 27 août à son ami, le major de Mauvillon , « cet insensé archevêque de Sens renversé et Necker roi de France à sa place. Or celui-ci m'abhorre et a ses raisons. Il est donc possible que, par toutes voies, il m'interdise rentrée aux États généraux... Mais il faut attendre et voir un peu venir le vent. Car on peut dire à Necker comme à Crésus : Pour croire à ton inaltérable bonheur^ attends le jour de ta mort. Royaliste ou national, voilà son alternative. S'il est le premier, il est perdu, car la nation ne veut plus de despotisme, et toute la puissance d'un homme, telle qu'on puisse la supposer, ne saurait combler un déficit de 140 millions, et consolider 280 millions d'anticipations, sans l'intervention nationale. S'il est le dernier, son règne ne sera pas long. La peur, qui l'a pris malgré la répugnance, le chassera aisément à Taide du ressentiment. Surtout, je ne crois pas son talent proportionné aux circonstances, et les défauts de son caractère suffiront au besoin pour dompter son talent. »

Afin d'échapper aux sombres prédictions de Mirabeau, Necker imagina de rester à la fois royaliste et national. Comme royaliste, il donna aux privilégiés la satisfaction d'appeler à leur secours une assemblée de privil^és; comme national, il eut soin de faire insérer dans l'arrêt du 5 octobre, un préambule fort encourageant pour le tiers état; c'était une réponse à Tarrété rendu par le parlement de Paris le 25 septembre. « Sans doute »,y lisait-on, « le roi aurait désiré que les formes, suivies pour la dernière tenue des États généraux, eussent pu servir de modèle en tous les points; mais

1. Lettre de Mirabeau à un de ses amis en Allemagne f p. 377 et 380.

Sa Majesté a reconnu que plusieurs se concilieraient difficilement avec l'état présent des choses, et que d'autres avaient excité des réclamations dignes au moins d'un examen attentif. » Suit une longue énumération des usages suivis en 1614, et qui semblaient inapplicables en 1789. Il est fort possible, comme on l'a prétendu jadis S que quelques erreurs volontaires se soient glissées dans cette partie de l'arrêt. Peu importe, elle n'en prouve que mieux l'intention de Necker de protester quand même contre la décision tranchante et absolue des parlementaires. « Le roi, ajoute le préambule, veut que les États généraux soient composés d'une manière constitutionnelle, et que les anciens usages soient respectés dans tous les règlements applicables au temps présent, et dans toutes les dispositions conformes à la raison et aux vœux légitimes de la plus grande partie de la nation. Le roi attend avec confiance, des États généraux de son royaume, la régénération du bonheur public et l'affermissement de la puissance de l'Empire français. L'on doit donc être persuadé, que son unique désir est de préparer à l'avance les vœux qui peuvent conduire à cette harmonie, sans laquelle toutes les lumières et toutes les bonnes intentions deviennent inutiles. » Sans doute, c'étaient là des phrases un peu vagues. On se demandait en les lisant, par quel système le ministre prétendait assurer le rétablissement de l'harmonie, dont il attestait la nécessité. Mais enfin il reconnaissait que les vœux de la plus grande partie de la nation avaient quelque chose de légitime. Cette déclaration suffisait pour rassurer le tiers état, et lui présenter Necker comme un protecteur bienveillant, sur lequel il pourrait compter au moment décisif.

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