‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 5)Chapitre 88 sur 331 · NOUVELLE CONVOCATION DES NOTABLES · texte numérisé non relu

NOUVELLE CONVOCATION DES NOTABLES

une partie de leurs moyens. Les Notables, en délibérant si longuement sur l'organisation des États, faisaient perdre un temps précieux. Si leur opinion devait coïncider avec l'opinion populaire, qui était trop forte pour qu'il fût permis de la contrarier, il n'y avait qu'à convoquer les États d'après cette opinion; si elle devait y être contraire, on voyait dès lors qu'il ne serait pas possible de la suivre, comme en effet on ne la suivit pas, l'avis du seul bureau de Monsieur ayant été adopté contre celui des autres bureaux, parce qu'on jugea avec raison qu'on ne pouvait plus faire autrement. »

Là ne se bornent pas les critiques que soulève devant l'histoire la conduite de Necker. Il était déjà bien surprenant de voir un ministre, poussé au pouvoir par un courant d'opinion presque irrésistible, ne pas oser résoudre une question aussi essentielle que celle du doublement du tiers. Mais ce qui est encore plus étrange, c'est de voir ce même ministre demander des conseils aux Notables de 1787, exactement aux mêmes qui venaient de commettre des fautes si lourdes, et de montrer un aveuglement si impardonnable. Ce qui est non moins extraordinaire, c'est de le voir soumettre une question qui intéresse le tiers état à une assemblée de privilégiés, et, qui pis est, de parlementaires. Lui-même, il reconnaît qu'en agissant ainsi, il s'exposait aux reproches du parti populaire, mais il s'en consolait en donnant aux ordres supérieurs un gage de modération dont ils ne lui ont guère tenu de compte, c Au milieu, dit-il *, d'un embarras fortement senti par tous les membres du gouvernement, on considéra comme une idée heureuse la proposition de ramener les mêmes Notables, qu'on avait appelés près du roi l'année précédente. Il était hardi peut-être, avec la disposition des esprits

i. Biii» de la Rév. /V., t. I, p. 80.

déjà bien connue, de prendre pour conseil de direction une assemblée composée essentiellement de princes du sang, d'évêques, de grands seigneurs et de tous les chefs des cours souveraines. Et je demande à cette occasion si le rappel d'une telle assemblée annonçait de ma part un profond esprit de démocratie. »

Le plan de Necker ne pouvait offrir aucun avantage, sauf le cas où les Notables, entraînés par son influence, auraient condamné la nouvelle théorie parlementaire, ou du moins posé les bases d'une transaction amiable. Fort de leur avis, Necker n'aurait plus craint de suivre les inspirations de sa conscience. Sur ce point, il se berçait, comme toujours, d'illusions trompeuses. Il venait de voir sombrer tout à coup la popularité de. la magistrature et ne pouvait croire que l'aristocratie, tombant dans la même faute, s'exposât au même désastre. Telle paraît avoir été la cause de sa résolution. Telle est du moins celle qui résulte de Texplication fournie par sa fl)le en ces termes : « On a reproché à M. Necker d'avoir consulté les Notables pour ne pas suivre leur avis. Sa faute consiste en efiet dans le parti qu'il prit de les consulter. Mais pouvait-on imaginer que ces privilégiés, qui s'étaient montrés la veille si violents contre les abus du pouvoir royal, défendraient le lendemain toutes les injustices du leur, avec un acharnement si contraire à l'opinion générale? »

Peut-être enfin Necker avait-il une dernière raison pour ménager les privilégiés. Il est permis de la lui imputer sans scrupule, puisque, deux mois plus tard, il n'en a pas fait mystère dans un document public. Jusqu'alors, c'étaient les privilégiés qui faisaient et qui défaisaient les ministres. Il était tombé sous leurs coups en 1781, et il ne se souciait pas de s'exposer à pareille aventure en 1788. Mirabeau avait deviné d'avance les embarras d'une telle situation, et l'influence qu'ils de-

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