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La chute de l'ancien régime (1787-1789)

II y avait quelques mois à peioe que M. Aimé Chérest venait de publier les deux premiers volumes de son ouvrage sur la Chute de l'Ancien Régime^ quand une mort subite l'enleva dans le cours de son travail et avant qu'il eût atteint l'âge de soixante ans. Il n'eut marne point la satisfaction de voir son oeuvre appréciée par des juges compétents. Il ne put lire aucun des articles que la Revue historique, la Revue politique et littéraire, la Revue des Deux-Mondes, le Temps, etc., lui consacrèrent. Il ne recueillit point cette récompense si méritée, de se voir loué par plus d'un juge difficile et de constater par leurs témoignages qu'il avait fait un travail utile et nouveau.

Une autre satisfaction lui fut refusée : celle d'achever luimôme ce qu'il avait si bien commencé. Sa digne veuve a cependant voulu honorer sa mémoire en publiant ce qu'il avait déjà rédigé de son troisième volume. Celui auquel elle a confié cette tâche délicate a pris connaissance de tous les papiers et de toutes les notes de M. Chérest. Il n'a pu constater sans une émotion mêlée de bien vifs regrets avec quel soin minutieux et quelle conscience avait été préparée cette ceuvre si brusquement interrompue par la mort. Trois chapitres étaient entièrement prêts : le quatrième eût réclamé (l'auteur le disait souvent à ses amis) des compléments et quelques retouches. Un cinquième chapitre sur la journée du 14 juillet avait tous ses matériaux réunis. Des

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Vr INTRODUCTION

liasses considérables de notes, de textes et d'extraits renfermaient les éléments d'une histoire détaillée des événements du 8 au il juillet 1789, dans l'Assemblée et hors de l'Assemblée. Tout y était classé jour par jour : les récits des témoins principaux, les jugements des contemporains, les résumés ou les fragments des actes officiels, tout était là, comme un dossier rempli par une instruction zélée, vigilante, impartiale. Le juge se recueillait encore et méditait la rédaction de son arrêt.

Enfin, dans quelques pages détachées, mais d'un ton déjà très ferme, M. Chérest commençait à résumer ses idées sur le grand problème des causes de la Révolution : ces pages devaient prendre place dans la conclusion finale de son ouvrage.

Faltait-il publier toutes ces notes, qui étaient très nombreuses? Après avoir hésité quelque temps et pris l'avis de . personnes des plus compétentes, on n'a pas cru devoir le faire. Il a semblé que les chapitres à peu près achevés et les quelques pages de conclusion déjà rédigées par H. Chérest suffiraient pour former un troisième volume. L'époque précise 0(1 la chute de l'Ancien Régime peut être considérée comme accomplie n'est pas, on le comprend, facile h déterminer. Il est donc permis de penser qu'en conduisant le lecteur jusqu'aux approches du 14 juillet, après le serment du leu de paume et la réunion définitive des trois ordres, on l'a mené jusqu'à ce point décisif o(i l'ancien état de choses est irrémédi^lement condamné,, sinon absolument aboli, et où déjà le nouveau s'organise.

A notre avis, d'ailleurs, le grand effort de M. Chérest, c'est celui dont les résultats ont, l'année dernière, si vivement intéressé les critiques, c'est celui qui portait sur les années 1787 et 1788. C'est là qu'il a mis en pleine lumière des faits qu'on ne contestera plus : la Révolution venant d'en haut, la résistance à l'autorité royale et l'appel positif à la révolte partant des classes privilégiées, le peuple commençant par prendre naïvement parti pour ceux-là même qui refusent de partager avec lui les charges fiscales dont on l'écrase, le silence absolu des classes moyennes pendant l'année 1788,

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INTRODUCTION Vit

la lenteur avec laquelle leur résignation muette et presque découragée se change peu à peu en une active intervention sous la pression d'événements dont elles ne sont à aucun degré responsables, la désorganisation administrative opérée par le pouvoir lui-même, créant, en quelque sorte, le désordre, sans rien faire pour le réparer, tout cela a été découvert et prouvé par M. Chéresti et là demeure, à nos yeux, son véritable titre d'honneur.

Néanmoins, dans ces événements plus connus où nous amène son troisième volume, on appréciera hautement, nous en sommes convaincu, cette méthode prudente, judicieuse, éclairée, qui nous montre eiacteœent, jour par jour, la marche des faits. On y sentira, comme au contact de la réalité même, ce contraste si curieux entre les impatiences légitimes du tiers état, impatiences contenues encore par une bonne volonté indiscutable et par un respect touchant pour les prérogatives de la monarchie, puis d'autre part les atermoiements inesplicables du pouvoir, l'importance démesurée qu'il attache aux petites questions du moment, et son impuissance radicale à comprendre l'importance de tout ce qui se prépare pour le lendemsjn. Ce sont ici les témoins mêmes qui ont été interrogés; leurs dépositions sont confrontées les unes avec les autres et mises en face des événements. Nous livrons donc avec conOance ce nouveau volume à tous ceux qui ont lu les deux premiers : nous croyons qu'il ajoutera quelque chose à la vive estime et aux regrets qu'ont successivement provoqués la vie et la mort de M. Chérest.

Qu'il noua soit permis maintenant de faire connaître plus amplement, aux lecteurs divers de la Chute de VAneien Régime, l'existence et les travaux de l'homme éminent dont nous leur communiquons le dernier écrit.

M. Aimé Chérest était né à Auxerre ' d'un père avocat. Après des études brillamment terminées au lycé Louis-le- Grand et à l'École de droit de Paris, il revint au pays natal

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