PRÉLIMINAIRES DE LA RÉVOLUTION DE JUILLET 3M
lui laisser l'autorité suffisante pour maintenir la tranquillité du pays. >
A ces généralités ajoutons maintenant quelques détails, et cherchons dans des faits plus précis la preuve des imputations formulées par Morris aussi bien que par Bamave.
Ou les princes et les courtisans, les grands seigneurs et les prélats, qui prirent la direction des affaires à la fin de juin 1789 n'étaient que des étourdis, capables de compromettre la royauté, sans profit pour elle ni pour eux, et de la pousser aux mesures les plus provocantes, sans en comprendre la portée, sans en prévoir le danger; ou bien il faut admettre qu'ils avaient un plan de conduite conforme à leurs doctrines, à leurs sentiments connus, et dont la réussite devait assurer le rétablissement de l'ordre de choses qu'ils n'avaient cessé de regretter. Or on sait ce qu'ils voulaient : leur système perce suffisamment dans les déclarations du 23. C'est la restauration plus ou moins complète de l'ancien régime. Mais la séance royale n'avait pas répondu à leurs désirs. lU n'y avaient trouvé qu'un nouveau sujet d'humiliation. A qui persuadera-tH3n que ce parti, dont l'opiniâtreté ne s'est jamais démentie, ait cette fois renoncé à prendre sa revanche? Il avait été vaincu sans avoir combattu sérieusement ; il se figura qu'une lutte mieux préparée et plus énergiquement soutenue lui donnerait une facile victoire. D'abord ses meneurs dissimulèrent leurs desseins. Ils laissèrent Louis XVI conserver Necker, sauf à tenir le ministre écarté de tous les conseils. Ordre fut donné aux membres dissidents de se réunir à l'Assemblée nationale. On feignit la résignation poMT mieux cacher les préparatifs de la vengeance. En même temps on dirigea sur Versailles et sur Paris toutes les troupes sur lesquelles on croyait pouvoir compter, notamment les troupes étrangères. On en
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802 LA CHUTE DE L'aNCIEN RÉGIUE
confia le commandement suprême au chef le plus expérimenté, à celui qu'on croyait devoir être le mieux obéi, le maréchal de Broglie. Quand elles furent rassemblées, on jeta le masque, on renvoya Necker et les ministres suspects de partager ses opinions. On les remplaça par un ministère homogène, un pur ministère de réaction, à la tête duquel on plaça l'homme de la reine et du comte d'Artois, le baron de Breteuil. Peu importe d'ailleurs de savoir par quels actes ce ministère significatif devait inaugurer son avènement. Il est permis d'affirmer que son premier soin devait être de dissoudre les États généraux et de réaliser, sous le couvert du roi, la menace imprudemment lancée dans un des discours du 23 juin : « Seul, je ferai le bien de mes peuples ; seul, je me considérerai comme leur véritable représeiitaiit ».
Pour atténuer la responsabilité de ces manœuvres, certains auteurs prétendent que le rassemblement des troupes ordonné par la cour n'eut d'autre motif que l'émeute qui éclata dans Paris le 30 juin au soir, et dont nous parlerons tout à l'heure. Cette excuse tombe devant les dates précises que fournissent des documents irrécusables. Dès le 1" juillet Morris dit déjà dans sa lettre, dont nous avons cité des fragments ' : « La cour va établir un camp de vingt-cinq mille hommes aux environs de Paris, sous le commandement du maréchal de Broglie >. Et de même que cette résolution menaçante n'est plus un mystère pour lui, de même il devine sans peine quels services la cour espère de ces soldats et de leur chef, car il ajoute ; « Je ne connais pas cet officier personnellement, je ne puis donc juger ce qu'on peut attendre de ses talents. Mais ce dont je suis bien informé, c'est qu'il n'amènera jamais l'armée à agir contre le peuple. » Le même jour, paraît à Paris une brochure