‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 102 sur 126 · PRËLIHINAIRES DE LA RÉVOLUTION DB JUILLET · texte numérisé non relu

PRËLIHINAIRES DE LA RÉVOLUTION DB JUILLET

de Marat intitulée ['Avis au peuple, brocliure évidemment composée un peu auparavant. On lit cette phrase : € mes concitoyens, observez toujours la conduite des ministres pour régler la vôtre. Leur objet est la dissolution de notre Assemblée nationale; leur unique moyen, la guerre civile. Ils vous environnent de l'appareil formidable des soldats, des baïonnettes.... > Le rassemblement des troupes est donc déjà commencé. Déjà Marat parle de soixante mille hommes, dont la seule présence aux environs de Paris doit augmenter les rigueurs de la famine. Sans doute Marat exagère ici, comme à son habitude. Le nombre des régiments arrivés n'est pas aussi grand qu'il le dit '. Mais, s'il n'y en avait aucun, si les premiers ordres n'avaient été donnés qu'à la suite de I émeute du 30 juin, évidemment il n'aurait pu tenir un pareil langage dans une brochure publiée te 1" juillet. Tout porte à croire que la cour a commencé ses dispositions immédiatement après l'échec de la journée du 23. Peut-être même avait-elle pria quelques mesures préparatoires dès qu'elle eut connaissance de la proclamation du 17.

Nul des contemporains ne s'est mépris sur les mobiles de sa conduite, pas plus que sur la valeur des préte.xtes, dont elle a essayé de se couvrir. Consultez ses amis eux-mêmes, je ne dis pas ses complices, les fous qui l'ont perdue, mais ses véritables amis, restés sages et prudents au milieu d'un aveuglement qu'ils déploraient, quoique royalistes. Le marquis de Ferrières raconte qu'à la suite de son échec du 23 juin, « la cour, revenue de sa frayeur, se repentit bientôt de la facilité avec laquelle elle s'était prêtée à la réunion », que dès lors elle

1. ce L'armée dont les représentants de la nation se trouvèrent pour ainsi dire inveaiis s'êieTail, le 1 juillet, à trente mille hommes, et quinze ou vingt mille autres devaient les renforcer encore dans l'espace de quelques jours. • nroz, t. II, p. 202.

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conçut le projet de se débarrasser des États généraux et de régner avec le seul appui de la noblesse et du haut clergé; que, pour assurer le succès de ce coup d'État, elle lit venir des troupes sûres. « Trente régiments, dit-il, marchaient sur Paris; le prétexte était la tranquillité publique, l'objet réel la dissolution des États '. B Ainsi pas de doute aux yeux de Ferrièrea. La provocation est bien venue de la cour. Il qualifie même sa conduite d'un mot sévère, d'un mot qui résume tout ; il n'y voit qu'une intrigue *. Un autre royaliste, le comte de Montlosier, ne se montre guère plus indulgent pour elle, ni surtout pour le parti qui la poussait aux abîmes. ■ Les reproches, dit-il *, qu'on faisait à la cour avaient, avec leurs points d'exagération, leurs points de fondement. Ce n'étaient certainement ni le roi ni toute la cour qui aspiraient au retour de l'ancien ordre de choses. Mais il est vrai de dire que parmi les hommes d'État il y en avait un grand nombre qui ne cessaient de déplorer la faute qu'on avait commise en convoquant les États généraux. Â chaque heure, à chaque moment, on s'occupait des moyens de s'en débarrasser, pour revenir au régime des parlements, combiné avec celui des lettres de cachet. — Soit à Paris, soit à Versailles, la plus grande partie de ce qu'on appelait alors la haute société, effrayée des troubles qu'avait amenés la convocation des États généraux, et des désordres qui avaient suivi ces troubles, partageait ces dispositions; elle soupirait après le retour d'un régime absolu, qu'elle croyait seul pouvoir la préserver ou la sauver. — Les mêmes dispositions se trouvaient, sinon dans la majorité, au moins dans une grande partie de la noblesse et du

1, MimoiTe), p. SO,

2. Eodem, p. SI. « Pendant que ces intrigues s'ourdissaient i la c«ur, voyons ce que faisait l'Assemblée. »

:j. Mimoira du conte de Montlosier, I. 1, p. 199.

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