‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 122 sur 126 · Duuauli, p. %T1, coUect. Bervil)« et Barrière · texte numérisé non relu

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se formait celte coalition en présence de laquelle les troupes ministérielles et ceux qui les faisaient mouvoir, comme pétrifiés par la tête de Méduse, laissèrent tomber la Bastille et avec elle tous les pouvoirs tyranniques. >

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Parmi les Doœbreasea notes manascrites laissées par IL Cbérest et rangées par loi dans ses papiers en vue de l' achèvement de son grand ouvrage, nous avons remarqué les suivantes, qui nous ont paru dignes d'être publiées. La rédaction n'en était pas déSnitive : elles devaient être remaniées et mises à leur place dans un développement plus suivi et plus complet. Hais la pensée en est assez nette, et la forme assez tutéressaute pour qu'elles méritent, ce nous semble, d'être mises sous les yeux du lecteur.

Avant de clore ce long récit, essayons de résumer en quelques lignes les principales conséquences qui en découlent. Si imparfait qu'il soit, il me semble qu'il aide à connaître les causes qui ont amené la chute de l'ancien régime. Non pas toutes assurément : je ne parle pas ici de ses causes lointaines, de celles qui l'ont peu à peu préparée, et dont on trouve la trace jusqu'aux époques les plus reculées de notre histoire. Ce livre n'embrasse pas un si vaste horizon. Il se borne à mettre en lumière, à montrer en action les causes immédiates, celles qui ont provoqué la catastrophe suprême. Parmi ces dernières, la plus efficace, la plus décisive, celle qui domine toutes les autres, et qui suffirait à elle seule pour expliquer le dénouement, c'est à coup sûr le vice incurable dont étaient atteintes les institutions politiques et sociales de la France aux approches de 1789. En employant le langage des contemporains, on peut dire, sans exagération, que l'ancien régime a péri victime dea abus qui le rongeaient.

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Nos institutioDs politiques ont eu cette destinée bizarre, qu'à partir de Henri IV, au lieu de s'améliorer, elles se sont gâtées; au lieu de progresser avec le temps, avec les idées, avec les mœurs, elles ont rétrogradé, en dépit des mœurs, des idées et du temps. Certes les anciens États généraux n'avaient jamais offert à la . nation une garantie bien rassurante. Pourtant leur seule existence constituait un germe de garantie, qu'il était facile de développer, en réformant leur organisation, en étendant leurs pouvoirs. On trouva plus commode de la laisser tomber en désuétude. A partir de 1614 il n'en est plus question du tout. Par l'effet du même système, Richelieu et, après lui, Louis XIV suspendent la plupart des États provinciaux. Le peu qui en reste est mis dans l'impossibilité de rendre des services appréciables. Quant à l'organisation municipale, encore si vivace et si active au xvi* siècle, elle est d'abord affaiblie, puis dénaturée, et bientôt réduite à n'offrir qu'une vaine et trompeuse apparence. L'omnipotence des intendants s'étend partout : partout elle règne sans restriction, sans mesure, sans contrdie. Sur la ruine des vieilles institutions qu'elle a détruites, la royauté française n'a laissé subsister qu'un pouvoir anormal, irrégulier, celui des parlements, pouvoir plus dangereux que salutaire. Louis XV, en ses derniers jours, se débarrasse de cette dernière entrave. Malgré les philosophes et les économistes, il lègue à son successeur le despotisme monarchique dans son entière pureté. En sorte qu'en 1774, moins de vkigt ans avant 1789, le gouvernement de l'ancien régime est devenu plus défectueux, plus contraire aux tendances des classes éclairées, aux principes du droit moderne qu'il ne l'avait été au moyen âge. De là le mot ai vrai de Mme de Staël : ■ quoi qu'en disent les partisans... >. Un instant, les contemporains s'étaient flattés du fol

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eapoir qu'avec l'aTènement de Louis XVI, grâce aux excellentes qualités de ce prince, grâce à sa bonté, peut-être même à sa faiblesse, ils allaient assister à l'aurore d'une ère nouvelle. Leur illusion ne fut pas de longue durée. A la vérité, l'un des premiers actes du jeune prince fut de rétablir les parlements. Mais, pas plus dans sa pensée que dans celle de ses conseillers, il ne s'agissait là d'une restauration libérale. Aucun d'eux ne voulait rendre à la magistrature une part quelconque dans l'exercice du pouvoir législatif. Pour éviter qu'elle ne s'y trompât, on eut grand soin de l'avertir, et l'édit qui la rétablissait ne manqua pas de joindre les menaces aux avertissements. Là encore on ne voulait que sauver les apparences, faire croire à un contrôle financier, mais qu'on se mettrait en mesure d'éluder. A cet effet oo ne négligea aucune précaution, et ainsi, pendant plus de dix ans, jusqu'à la fin de 1785, le Parlement de Paris, instrument docile de toutes les fantaisies ministérielles, ne tenta aucune résistance. Ce n'est qu'au dernier moment qu'il se lassa de ce rôle subalterne, et ce jour-là sa ruine fut arrêtée dans les conseils de la royauté, comme la juste punition de la faute qu'il avait commise en manquant aux conditions qu'on lui avait imposées lors de son rétablissement. Pour consommer cette ruine Galonné imagina la convocation des Notables et la série de mesures qu'il prétendait obtenir de cette assemblée. Le moyen n'ayant pas réussi, Brienne inventa la cour plénière. Dans l'intervalle, Lamoignon trouva l'occasion d'exposer solennellemeat les doctrines de l'ancienne monarchie en matière politique. On se rappelle son discours au Parlement dans la fameuse séance du 19 novembre 1787.... Je le demande, qu'aurait dit de plus Louis XIV?

Au début de son règne, Louis XVI ne parut pas désireux de conserver intact l'béritage que lui avait légué

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son prédécesseur. Un de ses premiers actes fut de rétablir les parlements, tout en leur faisant comprendre qu'il n'entendait pas leur laisser l'exercice du pouvoir quasi législatif auquel ils s'étaient accoutumés. D'un autre côté, il laissa Turgot étudier un plan de réoi^anisation provinciale et municipale qui devait peu à peu amener l'introduction en France d'un véritable système représentatif. Hais de si bautes idées ne convenaient ni à son esprit ni à son caractère. De toutes les libertés que Turgot avait rêvées, il ne resta bientôt plus que l'essai de commissions provinciales essayé par Necker dans un coin du royaume. Ensuite la réaction, la réaction sous toutes ses formes, la réaction dans les moindres détails, se déchaîna partout, avec d'autant plus d'ardeur qu'un instant on avait pu espérer quelques progrès sensibles. On retomba dans l'ancienne ornière. On remit en honneur les doctrines de Haupeou, et même, sur quelques points, on les dépassa. Qu'y a-t-il jamais eu de plus fort en ce genre que le fameux discours prononcé par Lamoignon à la séancedu 19 « 1787 ». On trouva l'éloge le plus complet et plus décisif du pouvoir absolu. Après de pareilles maximes il n'y avait qu'à condamner au silence les par^ lements, mettre le fait au niveau du droit, et par là faire triompher sans résistance la théorie de la seule volonté. C'est ce que Louis XVI, cédant aux instigations de ses ministres, ne refusa pas d'essayer. Il revint aux anciennes traditions. Le coup d'État de mai 1788 avait pour but de reprendre et de confirmer le coup d'État de 1770. En sorte que l'ancien régime, si cette dernière épreuve avait réussi, finissait dans le plus parfait despotisme.

Le despotisme se tolère quand il arrive après des crises douloureuses, quand il rétablit l'ordre et la paix, qu'il agit avec autant de sagesse que de vigueur. Parfois même il se fait pardonner ses abus de pouvoir, ses coups de force, eu égard aux services qu'il rend, et, s'il

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développe la prospéritédu pays, sa richesse, son influence à l'étranger, s'il flatte l'amour-propre national, s'il ajoute aux bienfaits de l'ordre les satisfactions de la gloire, il peut être, durant quelques années, un régime utile et un régime populaire. Mais à la mort de Louis XV aucune crise n'expliquait les progrès toujours croissants du despotisme royal. Ni la prospérité intérieure du pays, ni ses succès au dehors ne le consolaient, de ses libertés perdues. Est-ce rétablir l'ordre que d'ériger en système . la banqueroute? Pour un acte de vigueur, où sont les preuves de sagesse?

Maintenant supposez que ce despotisme devienne incapable d'un acte de vigueur quelconque, qu'il s'aifaibliase de lui-même, qu'il s'énerve, qu'au lieu de protéger les faibles contre les forts il n'ose refuser aucune concession fâcheuse aux forts, accorder aucun soulagement aux faibles, qu'il trouve le moyen d'être omnipotent de droit, impuissant de fait : comment exigerez-vous qu'une nation intelligente, qui a sous les yeux des exemples tels que ceux de l'Angleterre ou des États-Unis, consente à supporter un régime anticonstitutionnel, dont elle ne recueille plus aucun avantage, dont elle ne sent plus que les inconvénients? Et si elle tente d'améliorer une situation devenue intolérable, àqui la faute?sinon à ceux qui ont usurpé le despotisme et qui ne savent plus s'en servir.

Aussi bien je n'entends pas accuser la royauté française depuis Richelieu et Louis XIV d'avoir exercé le despotisme au sens ordinaire de ce mot. Louis XV n'avait certes pas l'étoffe d'un véritable despote, et le pauvre Louis XVI encore moins ! Leurs ministres n'étaient guère plus redoutables qu'eux. Ils continuaient à maintenir, à défendre quand même, une organisation surannée, faite pour d'autres temps etd'autres hommes. Ils ne péchaient pas par abus de force; suivant moi. Us n'ont perdu la monarchie que par incurie et faiblesse.

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LA CHUTE DE L'aNCIBN HÉGIUB

Causes immédiates. — Principes éloignés.

Le second chapitre des Mémoires de Weber, dont je joins ici de longs extraits, est intitulé : Des causes immédiates et des principes éloignés de la Révolution française.

Je n'ai l'intention que de relever ici les causes plus ou moins immédiates de la Révolution française.

L'étude de ses principes éloignés me conduirait trop loin. Aussi le mouvement des esprits au xvi* siècle était le prélude du mouvement des esprits au xviii» siècle. La réforme religieuse avait développé des principes qui plus tard servirent au triomphe des réformes pcAitiques et sociales.

En remontant encore plus haut, dans le moyen âge, on y trouverait la trace, le germe de l'esprit révolutionnaire, et quelques scènes de l'bistoire de France, en 1357, rappellent ce qu'on a vu après l'explosioû de 1789.

A la rigueur, il faudrait aller Chercher jusque dans l'établissement du christianisme la première et lointaine apparition de certaines doctrines de liberté, d'égalité, de fraternité, qui sont devenues la base du droit nouveau.

Je n'irai pas si loin.

Sans nier l'influence du passé sur les événements qui ont marqué la fin du xviii' siècle, je me bornerai à dégager de ces événements les causes immédiates, principales ou secondaires qui suffisent pour expliquer le résultat définitif.

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Causes ihuédutes de la révolution française.

Ud événement aussi considérable et aussi complexe que la Révolution française est évidemment le résultat de causes multiples. Parmi ces causes il y en a de plus importantes les unes que les autres. Sans doute il est bon de distinguer entre elles, de signaler celles qui méritent le titre de causes principales, et celles qui n'ont agi que comme causes secondaires. Mais après tout, ce qui importe le plus, c'est de n'omettre aucune de celles qui ont exercé sur la marche des faits une influence sérieuse. Les uns attachent plus d'importance à celle-ci, les autres *à celle-là. Ce qui importe après tout, c'est de n'omettre aucune de celles qui expliquent la catastrophe et servent à la bien comprendre.

Quant à moi, je crois que les causes de la Révolution peuvent se ramener aux trois catégories suivantes :

l' Vices des institutions politiques et sociales de la France avant 1789;

2° Mouvement des esprits qui a rendu ces vices intolérables ;

3" Fautes du gouvernement, qui n'a su ni défendre l'ancien régime ni préparer le nouveau.

Qu'e81h:e que la Révolotiok?

On a coutume de désigner sous le titre unique de ïtévolution fl-ançaise toute la période de notre histoire qui commence à la convocation des États généraux de 1789 et qui finit au coup d'État de brumaire. Mais un examen attentif des faits ne tarde pas à démontrer que, durant cette période mémorable, il y a eu, en réalité, deux crises

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888 LA CBOTB DB l'aNCIEK RÉGIUE

distinctes et deux révolutions parfaitement différentes :

La Révolution voulue et faite par la France ;

La Révolution imposée à la France.

De ces deux mouvements successifs, le premier a seul droit de s'appeler Révolution française, parce que seul il représente les besoins, les opinions, les tendances de l'immense majorité de la nation.

Le second mérite une qualification tout autre, puisqu'il est l'œuvre d'une minorité turbulente et factieuse. Je serais tenté de l'appeler la Hévolution parisienne, parce que c'est k Paris que les principaux meneurs ont conçu peu à peu l'idée de cette seconde Révolution. C'est là qu'ils ont recruté toutes les forces dont ils avaient besoin pour accomplir leurs desseins. C'est grâce à la concentration dans les murs de la capitale du pouvoir exécutif, du pouvoir législatif et de toutes les branches de l'administration supérieure, qu'ils ont pu si aisément violer la souveraineté nationale. Enfin, c'est de Paris qu'ils ont étendu sur toute la France, et par des moyens spécialement créés par eux, leur redoutable domination.

Et qu'on ne s'étonne pas d'une distinction en apparence singulière! Eet-ce que la France n'est pas parfaitement innocente du 24 février et du i septembre? Estce que Paris ne lui a pas imposé à deux reprises différentes un régime politique dont alors elle ne voulait pas? Est-ce que le 18 mars 1871, si le Pouvoir exécutif et l'Assemblée avaient été installés à Paris, la France n'aurait pas subi une troisième humiliation et n'aurait pas été exposée pendant quelque temps à subir le règne inepte de la Commune, comme elle a subi en 1793 celui des Jacobins? Ne soyons donc pas surpris si nos pères avaient fait la dure expérience de calamités analogues.

Ainsi deux Révolutions d'origine différente ont suivi

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Mais elles diETéraient par leurs doctrines et par leurs actes tout autant que par leur origine.

La véritable Révolution française s'est accomplie au nom de l'égalité de droits et de la liberté.

On prétend que la Révolution parisienne ou jacobine a voulu établir, dans une certaine mesure, l'égalité absolue, en détruisant la propriété et le capital. Je n'en suis pas convaincu. Ses meneurs ont flatté toutes les convoitises et toutes les mauvaises passions du peuple pour s'en faire un instrument, instnimentum regni. Une fois maîtres du pouvoir, ils auraient fait comaie tant d'autres. Hais en tout cas, et quels qu'aient été leurs projets, au lieu de la liberté ils ont inauguré la licence. Cela seul suffirait à établir entre eux et les révolutionnaires de 1789 une distinction ineffaçable.

Donc, lorsqu'on veut étudier les causes de la Révolution française prise en général, on est forcé d'étudier à la fois les causes du mouvement national, de la véritable Révolution, et celles du mouvement postérieur, de la Révolution jacobine ou parisienne.

Plus on est partisan de la première, plus on est autorisé à ne laisser entre les deux aucune espèce de confusion, ni dans les causes, ni dans les effets.

Avant de remonter aux causes de la Révolution française, il importe de définir nettement cette grande crise de notre histoire. La Révolution française n'est-elle pas la substitution souveraine, violente et presque radicale du régime nouveau sous lequel nous vivons, à l'ancien régime établi avant 1789?

Une fois cette définition admise, et nous croyons son exactitude à l'abri de contestations sérieuses, on est conduit à penser, en dehors de tout examen des faits, que, si la France a traité l'ancien régime avec tant de rigueur et d'emportement, c'est qu'il lui était devenu insupportable, c'est qu'elle avait perdu l'espérance de

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3S4 LA CHUTE DE L'ANCIBN RÉGIUE

le voir se réformer lui-même, c'est qu'enfin elle a saisi la première occasion de s'en débarrasser à tout prix. La cause primordiale de la Révolution française serait donc celle que tous les contemporains signalent, à savoir le vice des instîtutioQS politiques et sociales, ou, comme on disait jadis, les abus de l'ancien régime.

Le désordre des finances dont parle Weber n'est qu'un élément de cette cause, un résultat partie! de ces abus. Partout où la gestion des fmanccs publiques ne sera pas soumise au contrôle de la nation, pareil désordre ne manquera jamais de se produire. Qu'un ministre comme Necker parvienne aujourd'hui à combler le déficit du budget, demain ce déficit reparaîtra sous un ministre comme Galonné. D'où vient aussi que l'ancienne monarchie a succombé sous le poids d'embarras financiers qui nous semblaient si peu graves? C'est qu'elle n'osait plus demander ses ressources à une nation dans laquelle les plus riches ne payaient que peu ou point d'impôts : encore un abus de l'ancien régime. C'est qu'aussi l'impôt royal frappait des terres déjà surchargées de la dîme ecclésiastique et des droits seigneuriaux : encore un abus. Toujours et partout on aboutit à un vice de l'organisation politique et sociale.

La disposition des esprits, résultat de circonstances diverses, a fini par rendre intolérables des abus depuis si longtemps tolérés. Taine a dit quelque part, en parlant de l'ancien régime, que jamais édifice plus gothique n'avait abrité une population plus moderne. Quand il y a désaccord entre la loi et les mœurs, entre les institutions et les besoins, l'issue ne saurait être douteuse.

Reste la guerre d'Amérique, à laquelle Weber me paraît accorder une importance excessive. Son influence sur la crise se borne à deux points secondaires. Elle a augmenté le déficit. EUe a jeté dans les esprits de nou-

velles semences de désordre. C'est une des gouttes d'eau qui ont fait déborder le vase, voilà tout.

Parmi les causes de la Révolution, n'est-il pas plus juste de ranger :

1» La conviction acquise par les Français qu'ils n'avaient plus rien à attendre de la monarchie, pas plus de celle de Louis XVI que de celle de Louis XV;

2" L'occasion unique qui leur a été offerte par la série d'événements commençant à l'assemblée des notables en 1787, occasion sans laquelle ils n'auraient pas osé entreprendre la Révolution, qu'ils souhaitaient avec tant d'ardeur;

Ajoutons enfin la faiblesse de Louis XVI, qui a d'abord facilité cette Révolution, et qui malheureusement plus tard a empêché celte même Révolution de s'organiser sous la forme et de la manière qu'elle avait préconçue.

Vices des institutions sociales de l'ancien régime.

Si vicieuses que fussent les institutions politiques de l'ancien régime, elles n'auraient pas, j'en suis convaincu, provoqué une crise aussi profonde, aussi terrible, si d'autres vices encore plus graves n'étaient venus s'y ajouter.

D'abord, s'il ne s'était agi que de réformer les institutions politiques, tout le monde aurait été d'accord, et devant cette unanimité Louis XVI aurait fini par céder, comme toujours. II aurait vaincu ses répugnances instinctives, et malgré les fortes protestations de quelques gens de cour il aurait plus ou moins franchement accepté son rôle de roi constitutionnel. A cet égard, l'étude des faits avérés et des documents authentiques ne saurait laisser aucune espèce de doute. Il ne faut

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356 LA CHDTE DE L'aNCIEN RÉGIME

pas juger de la noblesse et du cierge d'avant 1789 par ce qu'ils sont devenus depuis. Les [>arlements eux-mêmes donnaient l'exemple d'un libéralisme politique qu'on est parfois tenté de trouver excessif.

Ce qui a fait de la Révolution une suite de convulsions ardentes, de déchirements profonds, c'est qu'un de ses principaux objets, peut-être même le principal, a été la réforme des vices de l'organisation sociale.

Ces vices étaient de deux natures disLinctes : les privilèges attachés à la personne, ou privilèges de caste, — les privilèges attachés à la terre, ou droits seigneuriaux.

Les premiers ne touchaient guère que la bourgeoisie : seule elle en soulTrait, seule elle avait à cœur d'y mettre fin. Mais les autres atteignaient les paysans, tous les paysans, et c'est là ce qui les souleva, ce qui les jeta dans le parti révolutionnaire. Non seulement ils prêtèrent mainforte à la bourgeoisie : souvent ils la poussèrent plus loin qu'elle-même n'aurait voulu aller. Ils appelèrent au secours de leur cause la violence , l'émeute, le pillage des châteaux, l'incendie. Sous prétexte de brûler les terriers, ils brûlèrent tout ce qui leur tomba sous la main.

Tous les historiens de la Révolution française ont cru nécessaire d'en rechercher les causes afin d'en mieux faire comprendre la nature, la marche et les effets. Nous ne saurions mieux faire que d'imiter leur exemple. Disons-le tout de suite, sauf à le prouver aussitôt : la principale cause de la Révolution, celle qui prime et domino toutes les autres, c'est l'organisation profondément défectueuse de la monarchie telle qu'elle était sortie des mains de Louis XIV, l'insuffisance ou la maladresse des réformes tentées plutôt que réalisées dans le cours du xviu* siècle et même sous Louis XVI, enfin la convic-

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tion presque unanime que, pour en finir avec des abus désormais intolérables, la nation ne pouvait plus compter que sur elle, sur elle seule, et intervenir à tout prix dans la droiture de ses propres affaires.

Les autres causes de la Révolution ne sont que des causes secondaires. Il ne faut pas les négliger, mais il ne faut pas non plus en exagérer l'importance. Citons notamment Tinfluence exercée par la littérature en général, et, en particulier, par la philosophie du xviu» siècle. D'abord on doit reconnaître que l'une et l'autre ne sont, comme la Révolution, qu'un produit des abus de l'ancien régime, une réaction violente, accomplie dans les hautes sphères de l'intelligence, avant de descendre jusqu'aux fait». Si Voltaire, Diderot et Jean-Jacques ont fait tant de disciples, c'est qu'ils partageaient les tendances et les passions de leurs contemporains. Supprimez-les, il se peut que la Révolution arrive plus tard ; néanmoins elle finira par arriver, car eUe est inévitable. Dès les dernières années du siècle de Louis XIV, les esprits clairvoyants la prédirent avant que les philosophes aient écrit la première ligne de leurs ouvrages. Il leur suffit d'envisager la situation de la France et de constater le mal dont ils sont les témoins attristés.

Vices de l'ancien réoiue.

Plus on les étudie et plus on s'étonne qu'ils aient pu subsister si longtemps.

La question la plus difficile à résoudre n'est pas celle de savoir comment ils ont amené la chute de l'ancien régime; suivant moi, ce serait plutôt celle de savoir comment et pourquoi ils ont tant tardé à produire ce résultat inévitable.

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LA CHUTB DE L'aNCIBN RÉGIME

Suppression du régime féodal.

( Aussi bien, quels que soient les grands noms,

liberté, égalité, fraternité, dont la Révolution se décore,

elle est par essence une translation de la propriété; en

cela consiste son support intime et son sens historique. >

(Taine, La Révolution, 1. 1, p. 324.)

Lisez affranchissement de la propriété, suppression du régime seigneurial et de tout ce qui s'y rattache.

Oui, c'est ià une des principales causes et un des principaux objets de la Révolution.

Les historiens modernes ont trop négligé cette face de la grande catastrophe. A voir de très près.

FIH DU TROISIÈME ET DERNIER VOLUUE

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