Hul. de la Révol. fi:, t. J, p
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relative de ta plupart de ses membres. Il ne lui parla que de constituer l'assemblée sous le titre d'Assemblée des seuls représentants vérifiés et connus. C'est cette première formule qu'adopta le Club breton '. Bientôt l'entraînement de la lutte, l'Inertie du gouvernement, l'oplniAtreté de la noblesse, les nouvelles favorables arrivées de Paris et de la province, en rassurant les plus timides, augmentèrent l'exigence des plus hardis. Le Club breton se rallia promptement à la motion définitive, celle qui tendait à constituer l'assemblée sous le litre d'Assemblée nationale. Peut-être même est-ce lui qui, sous main, en prit la véritable initiative. Toujours est-il que, une fois décidé, il déploya , pour faire prévaloir ce parti décisif, un zèle dont l'excès souleva quelques plaintes. J'en trouve la preuve dans une lettre que les députés de Strasbourg adressaient à leurs commettants, au sortir de la grande séance du 17 *. < Tous nos membres, disent-ils, ont les vues les plus patriotiques. Mais le zèle des uns est trop exalté et tend à établir un esprit de parti qui fait naître souvent des oppositions. Malheureusement ils ne prêtent pas des vues sages à ceux qui ne se rallient pas à eux, et l'aigreur s'en mêle. Nos Bretons, bons citoyens, mais encore aigris, sont dans ce cas et veulent exercer une espèce d'empire sur les opiaions. Ils ont l'injustice de soupçonner ceux qui prélÈrentdes moyens plus doux, et ils vont même jusqu'à vouloir les noter dans l'opinion publique. » Nous voilà
I. • H. l'abbi SieyËB avait proposé de »e constituer bous le titre des •nib rrpritentanti virifiét et connui. Cette proposition av4it été approuTfe, dans nne assemblée particulitre, par un assez grand nombre de députés, qui ont toujours été dans l'usage de se réunir en club. • Honnier, Expoii de ma conduite, p. 4-5. Cf. Mirabeau, Lettres à set 'Xmmettanli, p. 213.
!- Retue aAbace, 1S19, 3* trimaUtre, p. 212. L'opinion émise dans Mlia leltro par MM. de Turckheim et Scbwendl eot d'autant plus «wsrquable que les deux dépBtés de Strasbourg Tenaient de voter la «ntion li chère au Club breton.
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bien )oîa des commencements paisibles et modestes dont Bertrand de MoHeville nous a conservé le souvenir. Quelques jours à peine se eont écoulés depuis son entrevue avec Cham peaux- Palaane, et déjà le Club breton nous apparaît tel qu'il sera dorénavant, tel qu'il deviendra, de plus en plus intempérant dans son énergie, exclusif dans ses doctrines, et peu scrupuleux dans le choix de ses moyens d'actiou.
La France elle-même a bien changé depuis l'ouverture des États généraux. Ce n'est plus la France des cahiers, la France encore timide, modérée par caractère, par disposition d'esprit, autant que par prudence ou par tactique, et prête à se contenter de peu, afin d'être Bùre d'obtenir quelque chose. Nous la retrouvons inquiète, agitée, menaçante, et déjà fermement résolue à n'accepter qu'une solution digne de la satisfaire. Quant aux causes sous l'empire desquelles s'est accomplie cette transformation presque subite, elles ne sont ni obscures ni douteuses. Songez d'abord que la France vient de perdre les deux illusions qui la retenaient sur la pente révolutionnaire. Elle s'était lïgurée quête roi, guidé par la bonté de son cœur, Unirait par comprendre les avantages qu'il pouvait tirer pour lui, pour sa couronne, d'une alliance équitable avec le tiei-s état. Au contraire, elle s'était aperçue qu'il sacrifiait ses propres intérêts, aussi bien que ceux de la nation, aux prétentions égoïstes de l'aristocratie. Ce que naguère Mirabeau écrivait en confidence au major de Mauvillon, aujourd'hui chacun le répète à haute voix jusque dans les hameaux les plus reculés du royaume. Le maître est tout aux magnats ! Sous une forme ou sous uae autre,
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partout éclate le même cri, cri de désespoir, qui ne tardera pas à se changer en cri de haine. D'autant plus que, cette fois, il est impossible de se consoler avec la vieille l^çende : Si le roi le savait... t Les événements se déroulent sous les yeux de Louis XVI avec un éclat qui frappe les regards des plus indifférents. Il sait évidemment ce qui se passe, et il le tolère, pour ne pas dire qu'il l'approuve. Bien fou serait le peuple qui persisterait à compter sur la protection d'un tel roi. Il n'y a plus lieu de spéculer que sur sa faiblesse.
C'est également fini de la confiance aveugle que la France nouvelle avait mise en Necker. Son discours à la séance d'ouverture avait porté le premier coup à son incroyable popularité. Sa conduite au sujet des conférences et son prétendu plan de conciliation avaient achevé de le perdre auprès de ses partisans les plus opiniâtres. Tant qu'on l'avait cru capable de prendre la direction des affaires et désireux d'imposer aux privi- 1^^ de justes concessions, on eût été tenté de s'en rapporter à lui, ne fût-ce qu'afin d'échapper, par son intermédiaire, aux dangers d'un conflit incertain. ■ Pour peu qu'il l'eût voulu, dit Barnave ', le résultat eût été une transaction quelconque entre les divers partis, un arrangement de ce qui existait plutôt qu'une révolution totale. Mais celui qui seul eût pu faire cela n'en trouvait le moyen, ni dans son caractère, ni peut-être dans sa position. > Impuissance ou mauvais vouloir, du moment où la politique de Necker répondait si mal à l'attente de la nation, celle-ci ne conservait plus d'autre ressource que de faire ses affaires elle-même, sans le roi, sans son ministre, sans le gouvernement, et au besoin contre eux '.
I. 0an« aea Mémoiret; Œuvres complètes, t. I, p. 93. i. • Ce qui eût pu se faire par le gouvernement se ftt sans lui et centre lai. ■ Bomave, eodan.
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La perspective avait de quoi effrayer les plus fermes courages. Si, en eflet, Louis XVI était personuellemeat incapable de résolutions viriles, on le savait entouré d'hommes qui, loin de craindre la lutte, semblaient l'appelerde tous leurs vœux et couraient au-devant d'elle comme s'ils eussent été sûrs de la victoire. Pendant que le gouvernement officiel s'effaçait de plus en plus, grâce à l'inertie de Necker, le gouvernement occulte, la cour, redoublait d'activité et de hardiesse, gr&ce au zèle des Polignac et aux efforts du comte d'Artois. II y avait longtemps que ce jeune prince affichait pour l'ancien régime des sympathies sans mélange. Depuis la réunion des États il ne manquait aucune occasion de se poser en représentant des plus pures doctrines, en chef des ultras les plus exaltés. On sait qu'il avait été nommé député de la sénéchaussée de Tartas. Quelles sont au juste les raisons qui l'empêchèrent d'accepter cet honneur? II est probable qu'il céda à l'injonction formelle du roi son frère. Mais il hésita beaucoup, et c'est seulement le 15 mai qu'il notifia sa résolution définitive à la chambre de la noblesse, par une lettre qu'il adressa à son co-député, le baron de Batz '. < Je vous prie, monsieur, lui disait-il, de bien exprimer à la chambre de la noblesse qu'un descendant de Henri IV sera toujours honoré de se trouver parmi des gentilshommes français; assurez-les que mon désir le plus ardent eût été de siéger parmi eux.... Mais, monsieur, certifiez en mon nom à toute la chambre que, forcé de renoncer en ce moment à l'espoir d'être un de ses membres, elle peut compter qu'elle trouvera toujours en moi les mêmes sentiments que je n'ai jamais cessé de démontrer et que je conserverai éternellement. » Ces déclarations parurent trop précieuses à la chambre de la noblesse
1. Frocèt-verbal officiel dei tiancet de la nobUue, p. 49-Sl.
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pour qu'elle négligeât d'y répondre aussitôt. Elle chargea son président d'aller remercier le comte d'Artois, et l'assurer, à son tour, des sentiments de regret, de gratitude et de dévouement absolu dont elle était pénétrée. De là une nouvelle déclaration, que le prince eut soin de remettre toute écrite à son interlocuteur et qui était ainsi conçue ' : « Monsieur, j'essayerais en vain de TOUS exprimer toute la reconnaissance que m'inspire la démarche, honorable pour moi, dont la chambre de la noblesse voua a chargé, et les regrets qu'elle veut bien éprouver : ils augmenteraient ceux que ressent mon cœur, si cela était possible. Mais, monsieur, veuillez parler encore en mon nom à la chambre et lui donner la Terme et certaine assurance que le sang de mon aïeul m'a été transmis dans toute sa pureté et que, tant qu'il m'en restera une goutte dans les veines, je saurai prouver à l'univers entier que je suis digne d'être né gentilhomme français. » A défaut de l'univers, qui s'en préoccupe peu, voilà toute la France prévenue qu'il y a dans la maison royale un prince dont l'ambition avouée consiste à jouer, auprès du faible Louis XVI, le rôle de roi des Gentilshommes, comme jadis les Guise jouaient, auprès des Valois, celui de roi des Ligueurs. Encore une cause d'inquiétude, et surtout une source de mécontentements!
La conduite de la noblesse n'était pas faite pour calmer les esprits, déjà surexcités par tant de circonstances irritantes. Ses derniers arrêta surtout, ceux que lui arracha le petit clan d'énergumènes qui exerçait sur elle une domination exclusive, produisirent l'effet le plus fâcheux '. Vainement Ferrières, qui constate et qui déplore ce résultat, cherche à rejeter la majeure partie de ta responsabilité sur les manœuvres du tiers
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état. Selon lui, « Messieurs du tiers ne gardèrent plus de mesure; ils soulevèrent de toutes parts l'opinion publique contre la noblesse, la représentèrent comme l'aristocratie la plus dangereuse, la plus ennemie du bien ; ils lui attribuèrent l'inaction des États généraux ; ils allèrent jusqu'à dire que la plupart des députés nobles ne voulaient point d'États; qu'ils étaient les agents du comte d'Artois et des Polignac. > Sans doute, le tiers état ne se &l aucun scrupule d'exploiter à son profit les imprudences de la noblesse, en les dénonçant, peut-être même en les exagérant. II n'en est jms moins vrai qu'à elles seules, et sans commentaires, elles prêtaient singulièrement à l'interprétation que leur donnait la malignité populaire, et ne justifiaient que trop les soupçons dont elles furent immédiatement l'objet. Du reste, Ferrières est obligé de convenir qu'à celte malheureuse époque un esprit de vertige s'était emparé de toutes les classes de l'aristocratie française. Il ne sévissait pas seulement sur la noblesse proprement dite : il s'étendait jusque sur le haut clergé, qui conservait dans le sein de l'Église tous les préjugés de sa naissance. « La chambre du clergé, dit à ce propos Ferrières ', presque entièrement composée de curés, détestait également les évéques et la noblesse, et désirait en secret s'unir au tiers. Les évéques, loin de chercher à ramener les curés par des égards, par des services, et de tendre à se confondre « avec eux comme membres du même ordre, les tenaient à une distance humiliante; toujours montés sur la morgue épiscopale, ils affectaient des distinctions, exigeaient des respects, et avaient dans leur propre chambre un banc séparé ». Pourquoi les prélats auraient-ils craint d'irriter les curés, quand ils voyaient sans cesse le maître des cérémonies se faire un jeu de
i. FerriÈre», Mémoires, p. 33-31.
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blesser les justes susceptibilités de la future Assemblée nationale?
Tant de fautes réunies aggravèrent, jusqu'au point de la rendre irréparable, celle que le gouvernement avait commise, dès l'origine, en refusant de trancher les deux questions préliminaires de la vérification des pouvoirs et du mode de délibération. Bientôt le mécontentement et l'inquiétude, d'abord circonscrits dans les classes éclairées du tiers état, descendirent jusqu'aux classes iurérieures. Partout on s'indignait de l'interminable inaction des États généraux. Partout on déplorait, suivant l'expression d'un royaliste, « le temps perdu et le scandale de ces divisions ' >, qui menaçaient de tout entraver. Sur plusieurs points du territoire, les émeutes quesuscitaientla cherté des grains,la famineetla misère, tendaient à prendre un caractère politique et social. Sous prétexte de rétablir l'ordre, la bourgeoisie « prit les armes et s'organisa militairement ' >, avec l'arrièrepensée de résister à quelque coup d'État, dont elle redoutait l'explosion. < Marseille donna le signal au commencement de mai. Des rassemblements de misérables affamés menacèrent de piller te lazaret et les magasins. La bourgeoisie effrayée se réunit, du consentement de ses magistrats municipaux eux-mêmes, s'arma et commença à faire militairement la police de la ville.... Alors le parlement d'Aix, traitant de rébellion tout ce qui s'était passé, évoqua l'affaire et menaça la ville de la colère du gouvernement. En effet, le gouverneur de la province dirigeait des troupes sur Marseille... Cette altercation entre la ville et les autorités de la province ne fil autre chose que dessiner davantage l'insurrection. Toute la jeunesse se forma régulièrement en bataillons. On tira des canons des vaisseaux qui étaient dans le