‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 84 sur 126 · Mémmrei, t. I, p · texte numérisé non relu

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meilleur moyen, peut-être même le seul dont elle disposât pour déjouer les projets de ses adversaires, était d'augmenter s^ul8 cesse les adhésions qu'elle attendait des ordres supérieurs, et de se rapprocher ainsi, par des progrès constants, de la fusion complète qu'on voulait empêcher à tout prix. Elle dirigeait vers ce but les efforts de ses membres les plus actifs et de ses partisans les plus dévoués. Déjà, le 24 juin, le comte de Clermont- Tonnerre avait pris, dans la chambre de la noblesse, l'initiative d'une proposition tendant à ce que cette chambre allât se joindre aux communes. Après un débat orageux, et qui faillit dégénérer en scènes violentes, cette proposition fut écartée par la question préalable. Néanmoins, le lendemain 25, la minorité, composée de quarante-sept membres, parmi lesquels le duc d'Orléans, se rendit dans la salle des États, où elle fut reçue avec des transports enthousiastes. Sans doute le nombre de ces nouveaux adhérents était peu considérable, comparé à celui de la majorité dissidente. Mais ils rachetaient leur faiblesse numérique par l'éclat des noms et le mérite des personnes. D'ailleurs on savait que ce n'était là qu'une avant-garde. Beaucoup d'autres membres de la noblesse, retenus par une cause ou par une autre, n'attendaient qu'un moment favorable pour suivre l'exemple de leurs collègues. Ainsi les opinions démocratiques de Lafayette étaient notoires. Assurément il ne demandait pas mieux de siéger avec les communes : il ne dissimulait même pas que tôt ou tard il y siégerait aux premiers rangs du parti populaire. Cependant des scrupules qu'il n'a jamais expliqués d'une manière satisfaisante l'empêchèrent de prendre part à la manifestation du 23. Bien d'autres s'abstinrent, comme lui, ce jour-là, qui ne tardèrent pas, comme lui, à témoigner hautement leurs sympathies pour la cause du tiers état. Quelques-uns , dit-on , m. — 18

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n'étaieDt restés dans la chambre de la noblesse que pour y continuer plus facilement la propagande qu'ils y avaient entreprise '. Aussi, cbaque jour voyait grossir le petit bataillon des nobles réunis. A la séance du 26 on constata la nouvelle adhésion du comte de Crécy, député de la noblesse de Ponthieu ; à celle du 27, de M. de Pardieu, député de la noblesse de Saint- Quentin, et de M. de Bourran, député de la noblesse d'Agen. Nul doute que ce mouvement ne fût appelé à prendre des proportions dont l'importance n'échappait à personne. Un mouvement analogue entraînait le clergé. Le procès-verbal de la séance du 24 constate que le noyau originaire des 149 membres réunis s'est fort augmenté. Le 25, plusieurs nouveaux représentants de cet ordre viennent prendre place dans l'Assemblée, au nombre desquels Dumouchel, recteur de l'Université de Paris et l'un des membres les plus en vue de la députation de cette ville, et dom Estaing, prieur de Marmoutier, un des principaux dignitaires de la fameuse congrégation de Saint-Maur. Le lendemain 26 se présentent, outre plusieurs ecclésiastiques peu connus, l'évêque d'Orange et celui d'Autun, M. de Talleyrand-Périgord. Il n'y avait qu'à laisser agir le temps, la force des choses et la légitime influence de l'opinion publique pour obtenir de ce côté des conquêtes décisives. Malheureusement le parti populaire comptait dans son sein des énergumènes qui n'admettaient ni délais ni obstacles, et qui, ne voulant la liberté que pour eux et pour leurs pareils, ne reculaient devant l'emploi d'aucune violence. Ils savaient que

1. u M. de Lafayelle éUît demeuré dans la chambre de la noblesse, ainsi que le prince de Poii, le duc de Liancourl, le Ticomte de Noailles, Charles Lametb el quelques autres nobles; mais c'était d'accord avec la miDorité, pour j senier U division, pour y ourdir des iolrigues, pour y espionner ce qui s'y disait, en instruire les communes el opérer plus sûrement la destruction de l'ordre. <> FerrlËres, Mimoirtt, t. I, p. 6&67.

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LE SERUBHT DU JEU DE PAUME 27î>

l'archevêque de Paris, M. de Juigné, s'était fait dans la chambre du clergé l'adversaire implacable de la réunion des ordres, et qu'il était aussi l'un des instigateurs des nouvelles déclarations royales. C'en était assez pour le désigner à leur fureur. Déjà durant la soirée du 23 ils l'avaient forcé de se réfugier dans l'église Saint-Louis ; n'ayant pu l'atteindre, ils se promirent de recommencer à la première occasion. Hélas! rien n'était plus facile, grâce à l'incurie du gouvernement, qui ne songeait qu'à intimider l'Assemblée, et négligeait de veiller sur la sûreté des bons citoyens, même sur celle de ses amis les plus dévoués. < Une odieuse scène de désordre, dit M. Droz *, consterna les âmes honnêtes. A la sortie d'une séance de la minorité du clergé (25 juin) l'archevêque de Paris fut assailli par la populace avec une nouvelle violence. Des pierres furent lancées dans sa voiture, un ecclésiastique fut blessé à ses côtés. Sans la présence d'esprit de son cocher et la vitesse de ses chevaux, il eût peut-être perdu la vie.... Sa maison fut attaquée; des détachements de troupes s'y portèrent; mais la multitude, persuadée qu'elle n'avait rien à craindre de leurs armes, devint plus furieuse. Des gens qui n'appartenaient point à la populace criaient qu'il fallait que l'archevêque promit de se réunir à l'Assemblée nationale, et le tumulte ne s'apaisa que lorsque le prélat eut fait connaître l'engagement qu'il prenait d'obéir à cet ordre étrange. Plusieurs bandits furent arrêtés dans le tumulte ; mais une heure après ils étaient libres, tant l'autorité était près de s'anéantir. Quelques députés gens de la lie du Club breton ■, et quelques autres agitateurs

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