‹ La chute de l'empire de RabahChapitre 17 sur 101 · CHEF ET FEMME OUADDAS · texte numérisé non relu

CHEF ET FEMME OUADDAS

ferrugineux dominant la vallée de la petite rivière M'Bingui, traversée par Maistre un peu plus à l'Ouest, et qu'il donne à tort comme un affluent du Ghari, alors qu'elle se jette dans la Kémo qui appartient encore au bassin du Congo. Le nouveau camp qui s'appela Camp des Ungourras, était situé à peine à une soixantaine de kilomètres de Krebedjé. C'était maigre, mais c'était toujours cela d'acquis.

Les derniers arrangements terminés, nous revenons à Krebedjé, où je trouvai Huntzbûchler tout à fait rétabli. Nous n'eûmes plus qu'à attendre avec patience que les chefs Ungourras vinssent nous trouver avec des porteurs. A la date fixée, c'est-à-dire le 11 mai, personne n'était là. Je décidai d'envoyer Huntzbûchler pour occuper le point que j'avais choisi et recruter des porteurs. Il était à peine en route que M'JBoué arrivait avec 300 hommes. C'était décidément un brave homme. On les char-

L'EMPIRE DE BABA H

gea immédiatement, et ils se mirent en route. Cette première expérience réussit au delà de mes espérances. Pas une charge ne manqua à l'appel. Le portage était créé. Payés très régulièrement, les porteurs arrivèrent assez facilement. Le camp des Ungourras, composé d'abord des quelques cases construites par les indigènes, devenait plus habitable. Sous l'énergique impulsion d'Himtzbûchler, un grand magasin en pisé s'élevait; des cases pour Européens s'édifiaient. Le Bihan dirigeait les convois. Bref, vers la fin de juin, malgré les pluies qui commençaient à tomber depuis un mois, il ne restait plus grand matériel à Krebedjé. A part un boat en acier venant de Brazzaville, tout était transporté.

Ce boat pesait près de 800 kilogrammes, était long de 9 mètres, large de 2. C'était une pièce difficilement transportable; il fallait cependant que ce travail se fît. N'ayant avec moi aucun mécanicien, excepté un forgeron sénégalais, je dus couper cette embarcation en deux, c'est-à-dire faire sauter les rivets réunissant les diverses plaques, suivant un plan latitudinal dans les environs du centre de l'embarcation. Ceci fait, c'étaient encore deux colis de 400 kilos chacun à porter. Ce fut très dur; les indigènes, découragés, n'y mettaient pas grand enthousiasme.

Enfin, à force de patience et grâce à quelques cadeaux faits à propos, le boat rejoignait le reste des charges. Nous étions alors au 16 juillet.

Un courrier venu quelques jours auparavant m'annonçait l'arrivée d'un petit convoi à Ouadda, composé de quelques vivres . Ce n'était pas suffisant, car les perles de verre qui nous servaient à faire nos achats de vivres allaient nous manquer ; il nous en restait à peine une douzaine de caisses. Que faire? Ces perles qui constituaient à peu près l'unique moyen d'échange étaient pour nous indispensables.... J'avais entendu dire qu'une des factoreries de la Société anonyme belge entrait en liquidation ; peut-être trouverais-je là de quoi m'approvisionner. Mais cette factorerie, située à Banzyville, en face de Mobaye, étant distante de Krebedjé de plus de 500 kilomètres,

VOYAGE A MOBA YE.

c'était donc un millier de kilomètres à faire pour me réapprovisionner.

Gomme il n'y avait pas de temps à perdre, nous nous mettons en route, le 16 juillet, Le Bihan et moi, pour Ouadda. Nous étions en pleine saison des pluies. Trempés jusqu'aux os dans nos pirogues, nous descendons la Tomi, et le 18, nous faisons la rencontre de Prins. Il remontait avec lui le reliquat de ce qu'il avait pu recueillir de nos charges en souffrance sur la route de Loango à Brazzaville, soit une centaine de colis environ composés de tissus et de quelques vivres. Il m'apprenait qu'il restait encore environ deux cents caisses derrière, qu'il ne fallait pas compter revoir, car la route était de nouveau fermée par les indigènes en révolte. Les porteurs loangos avaient abandonné leurs charges dans la brousse et s'étaient absolument refusés à recommencer le portage. Cet événement, qui se renouvelait périodiquement, était dû à une occupation insuffisante de la ligne d'étapes. Il n'y avait pas 50 hommes sur toute la route pour en assurer la sécurité. Les indigènes, pillés par les porteurs suivant les troupes armées à destination du haut fleuve, se vengeaient sur ceux qui passaient ensuite et qui étaient sans défense. Il n*y avait qu'une chose à faire pour parer à cet inconvénient : créer des postes et organiser des patrouilles avec des Européens; mais comme on manquait d'argent, on ne faisait rien. Il fallait donc, en ce qui nous concernait, que nous nous en tirions par nos propres moyens. Heureusement, par compensation aux nouvelles peu agréables que me donnait Prins, il était porteur d'une lettre du Commissaire général, M. de Brazza, qui avait repris la direction des affaires, lettre pleine de promesses et de précieux encouragements pour moi l.

Cette lettre, en effet, me confirmait que décidément M. de Brazza approuvait ma conduite et qu'il avait l'intention de nous venir en aide. C'était l'avenir assuré, mais le présent était là, moins agréable; il fallait se procurer des perles. Je continuai donc mon voyage sur Mobaye.

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