‹ La chute de l'empire de RabahChapitre 2 sur 101 · MISSION DE · texte numérisé non relu

MISSION DE

Considérations générales. — Comment je devins Africain. — M. de Brazza. — Crampel. — Fourneau. — Maistre. — Mizon. — Séjour dans la Sanga et l'Oubangui. — Première mission. — Difficultés de début. — Mise en route. — Ouadda. — La Rémo. — La Tomi. — Les G'Baggas. — Les N'Dis.

En 1892, je n'étais plus un nouveau venu sur la terre d'Afrique. J'avais déjà passé plus de deux ans au Gabon en qualité d'enseigne de vaisseau attaché à la station locale. On m'employa surtout pendant cette période à exécuter des levés hydrographiques, seul ou en compagnie d'autres officiers, sous la direction du capitaine de frégate Rouvier. La grande liberté dont nous jouissions pendant l'exécution de notre travail, jointe à l'attrait de ce travail lui-même, exerçait sur mon esprit une attraction très grande. Si bien que peu à peu je rêvai, à l'exemple de mon glorieux aîné, M. de Brazza, d'accomplir un voyage dans cet intérieur à peine entrevu par quelques rares agents qui en revenaient la plupart du temps malades et fatigués, mais toujours enthousiastes, et se promettant d'y retourner. En 1890, Paul Crampel, qui avait reçu des fonds du Comité de l'Afrique française, débarquait à Libreville avec quelques agents européens, un Targui nommé Ichekkad et une petite Pahouine nommée Niarinzé. Il avait pour intention de partir du Congo et de rentrer par l'Algérie. Il était jeune; sa fine tête d'apôtre, aux longs cheveux, respirait l'énergie, et sa pa-

rôle, pleine de charme, attirait à lui toutes les sympathies. En moins de rien, je fus séduit. Aller au Tchad, se lancer dans cet immense inconnu, si plein de dangers de toutes sortes, n'y avait-il pas de quoi tenter le jeune enthousiaste que j'étais ! Nous nous rencontrâmes, Grampel et moi, chez un ami commun, M. Dorlhac, receveur des postes à Libreville, et je lui demandai à l'accompagner. Dès les premiers mots, il accepta; je serais chargé des observations astronomiques... Bref, il ne s'agissait plus que d'une chose, obtenir du ministre de la Marine l'autorisation de partir. Cela ne paraissait pas très commode et j'allais me décider à faire intervenir M. de Brazza, quand tout fut rompu.

Grampel, dans une des nombreuses causeries que nous avions, exprima un jour l'idée qu'un chef de mission devait toujours prendre conseil de son entourage et que si, à un moment donné, un Sénégalais même lui donnait un avis, il ne le dédaignerait pas.

Cette thèse me paraissait, à moi officier, tout à fait extraordinaire. J'estimai que, du moment qu'on était le chef, on devait savoir ce qu'on voulait et qu'on n'avait à prendre conseil de personne... Crampel s'obstina dans son opinion, moi dans la mienne, si bien que je me décidai à le laisser partir seul. J'avoue que j'en eus beaucoup de chagrin.

Peu de temps après, je fis la connaissance d'un agent du Congo, M. Fourneau, qui recevait de M. de Brazza une mission identique à celle de Grampel. Mais, au lieu de prendre l'Oubangui comme voie d'accès, il devait emprunter le cours de la Sanga, créer un poste au point terminus de la navigation de celte rivière, et s'en servir comme de base d'opérations pour pénétrer plus avant et entamer des négociations avec les peuplades musulmanes.

Ce plan, conçu par M. de Brazza lui-même, était parfait. Il ne manquait qu'une chose pour qu'il fût réalisable. . . des moyens. . . Fourneau n'était pas outillé pour réussir. Il lui aurait fallu une centaine de Sénégalais; il n'en avait que trente. 11 avait très

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