‹ La chute de l'empire de RabahChapitre 3 sur 101 · VUE GÉNÉRALE DE LIBREVILLE · texte numérisé non relu

VUE GÉNÉRALE DE LIBREVILLE

peu de munitions et tout son bagage ne se montait pas à plus de cent charges. Il avait de quoi tout au plus procéder à une première reconnaissance du cours de la Sauga, mais il lui était matériellement impossible de faire plus. Aussi, qu'arriva-t-il ? Dès qu'il eut atteint le 4e degré Nord, les populations païennes qu'il rencontra, razziées par les Foulbés, s'étaient naturellement groupées en grand nombre ; il fut assailli par des forces tellement supérieures, qu'il échappa à grand'peine à un massacre. Il revint donc en arrière, ayant eu l'un de ses compagnons, Thiriet, tué ; l'autre, M. Blom, blessé. Lui-même avait reçu un coup de lance au front. Sa retraite, grâce à son énergie indomptable, ne fut pas un désastre, mais il s'en fallut de peu. Quand il regagna le village de Nola, où il reçut un bon accueil, il ne restait à ses hommes que 19 cartouches.

Cette expédition, toute malheureuse qu'elle fût, avait néanmoins donné des résultats. Les itinéraires remarquables de Fourneau nous firent connaître le bassin de la Sanga et de la Mamberé jusqu'au 5e degré de latitude Nord, et on eut ainsi une première idée des populations qui l'habitaient.

Grampel, lui, s'était avancé jusqu'à 8° 30' de latitude en par-

L'EMPIRE DE BABA II

tant du coude de l'Oubangui. Faute de porteurs, il dut diviser sa troupe en trois fractions ; la première, qu'il commandait luimême, avait atteint El Kouti. Il fut assassiné là avec son interprète Saïd, et la petite Niarinzé fut faite prisonnière.

Le deuxième groupe, commandé par Biscarrat, ne fut pas plus heureux. Biscarrat fut tué et les quelques hommes qui l'entouraient massacrés ou prisonniers.

La troisième portion, commandée par M. Nebout, prévenue à temps de la mort de ses camarades par l'un des fuyards, se replia et revint à Brazzaville.

Entre temps, le Comité de l'Afrique française avait constitué une deuxième mission sous les ordres de M. Dybowski pour renforcer la mission Crampel, qui arriva à Libreville en février 1891. A Brazzaville, elle apprit par M. Nebout, le massacre de la mission Crampel; celui-ci se mit sous les ordres de M. Dybowski, lequel, par la mort de Crampel, devenait le chef de la nouvelle expédition. Le point atteint par M. Dybowski est situé dans les environs du 7e degré Nord, c'est-à-dire à 200 kilomètres environ de Tendroit où était mort Crampel. Les résultats de cette deuxième mission furent surtout scientifiques. Elle ne rapporta pas de documents bien nouveaux sur les circonstances qui avaient entouré la mort de Crampel, et le doute continua à planer sur ce lugubre drame. Tout ce qu'on put savoir fut que Crampel avait été assassiné chez un chef musulman nommé Senoussi, à l'instigation du Targui Ichekkad. On verra plus tard que ce dernier point est faux. M. Dybowski, après avoir fondé un poste sur la rivière Kémo, à 60 kilomètres de son embouchure, revint en France, malade.

Pendant que la mission Dybowski était en route, Fourneau revenait à Libreville. Mon temps de séjour dans la colonie était expiré. Nous rentrâmes en France par le même paquebot.

Les échecs successifs subis par les missions françaises augmentaient encore en moi le désir de parvenir au Tchad. J'étais hanté de cette idée fixe qui se gravait de plus en plus dans mon crâne de Lorrain et je me souviendrai toujours d'une cer-

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