‹ La chute de l'empire de RabahChapitre 20 sur 101 · FONDATION D'UN POSTE · texte numérisé non relu

FONDATION D'UN POSTE

Camp des Ungourras et moi je m'occupais de la construction du nouveau poste. Nos hommes étaient arrivés à une telle habileté dans l'édification des cases que deux jours suffisaient pour avoir une petite maisonnette en clayonnage et torchis recouverte de paille, dont le sol était soigneusement damé. Ils en ont tellement construit de ces cases, les malheureux....

En quinze jours, le camp était à peu près terminé ; il se composait de six petites maisons pour Européens, d'un grand magasin et d'un vaste hangar pour abriter les miliciens. Les convois pouvaient arriver ; ils ne tardèrent pas, du reste. Successivement Prins, Le Bihan, puis Huntzbûchler nous amènent des charges en grand nombre. Ce dernier, légèrement fatigué, me remplace au poste et je retourne aux Ungourras, où j'arrive le 15. Le 20, je recevais un courrier de Ouadda m'annonçant l'arrivée d'un agent, M. Joulia1, avec 15 miliciens sénégalais provenant du Haut Oubangui. Le 25, il était au poste.

1. M. de Brazza avait donné l'ordre à M. Liotard de mettre à ma disposition tous les miliciens du Congo en service dans l'Oubangui, ainsi, que deux agents européens, MM. Bobichon et Joulia. L'exécution immédiate de cet ordre n'aurait pas laissé de causer de sérieux ennuis à Liotard. Aussi me contentai-je de lui réclamer un agent et 15 hommes provisoirement.

L'EMPIRE DE RABAI1.

Ce léger renfort était juste suffisant pour remplacer nos malades ou indisponibles, car M. Le Bihan, dont l'état de santé laissait à désirer, rentrait en France, et une douzaine d'hommes étaient malades ou morts.

Nous allons, Joulia et moi, nous installer à Nana et Huntzbùchler revient aux Ungourras avec Prins. Nous commençons l'établissement des ateliers à bois et à fer et d'une cale de construction couverte. Tout cela est vivement terminé. Il s'agit maintenant de mettre le Lcon-Blot en chantier J'ai tous les plans

nécessaires, mais ni charpentier de métier, ni mécanicien. Mon personnel ouvrier se compose d'un Sierra-Léonais nommé John Sliver, employé auparavant à la maison hollandaise à Brazzaville comme graisseur sur l'un de ses vapeurs, d'un forgeron sénégalais nommé Samba Diara, et de deux Sénégalais, anciens chauffeurs à bord d'un des bâtiments de la station locale du Sénégal. Le charpentier se nomme John Tou ; il est tout juste capable d'équarrir un tronc d'arbre, et encore suit-il religieusement toutes les courbes de l'arbre. Je réunis tout ce personnel qui, dès le lendemain, se met à l'œuvre. Le malheureux boat, coupé en deux à Krebedjé, est remonté par mes soins avec des boulons et nous nous attelons au rivetage. Quel massacre ! que de coups de marteau inutiles ! Je ris, je me fâche, je rosse mes apprentis.... Bref, en trois jours la besogne est faite, l'embarcation est mise à l'eau : elle est étanche. C'est un succès, mais à quel prix ! la coque est toute bosselée sur la ligne des rivets. Enfin, tant pis, nous avons une embarcation à flot qui va permettre de reconnaître la rivière. Au grand bateau, maintenant. C'est au tour du charpentier qui doit faire un vrai travail d'art. La coque doit reposer sur une courbe en bois épousant exactement les formes du navire, laquelle courbe doit être chevillée sur des piliers enfoncés dans le sol. Que de peine pour arriver à un résultat! Enfin il est atteint, et John Tou, qui jusqu'ici a été incapable de faire convenablement une caisse, se révèle un maître. Il est vrai que je ne l'ai pas quitté une seule minute pendant toute la durée du travail.... Tout est prêt pour

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