‹ La chute de l'empire de RabahChapitre 21 sur 101 · MONTAGE DU VAPEUR · texte numérisé non relu

MONTAGE DU VAPEUR

commencer le montage du Léon-BIot. Je me passionne pour cette tâche. Les plaques de tôle sont amenées sur le chantier; on les boulonne l'une avec l'autre; les couples se dressent. Un forgeron Mandjia est embauché et nous prête son concours.

Pendant que je fais le métier d'ingénieur et d'ouvrier, Huntzbûchler s'occupe des convois; ils fonctionnent très bien. Aussi je décide de l'envoyer avec le jeune Prins reconnaître la rivière. Le chef Mandjia Makourou, qui est devenu notre ami, me donne des renseignements qui ne laissent pas que de m'inquiéter : il y aurait, à deux jours de marche du camp, des rapides infranchissables. Il était indispensable de s'assurer de la véracité de ce fait.

Le 23 novembre, Huntzbûchler, Prins et une vingtaine d'hommes s'embarquent dans le boat et redescendent la rivière. Je reçois d'eux de fréquentes communications. La rivière est barrée par des pêcheries qu'il faut couper ; les troncs d'arbres tombés gênent beaucoup la navigation. Il faut travailler pendant dix jours pour trouver un passage de 4 mètres de large. Les indigènes les aident dans leurs travaux. Enfin la rivière devient plus belle ; les rives ne sont plus habitées, plus de pêcheries par conséquent ; tout d'un coup ils débouchent sur des rapides où ils manquent d'être entraînés mais qui, heureusement, ne s'étendent pas sur un long espace. Pendant 8 kilomètres environ, c'est une succession de cascades, de chutes.

Trois d'entre elles sont surtout merveilleuses : l'eau coule de roche en roche sur une largeur de plus de 50 mètres et sur une hauteur de plus de 10 mètres. C'est un château d'eau naturel de toute beauté. Il ne fallait pas songer à s'aventurer dans ces dangereux parages. Aussi, après avoir reconnu la longueur des chutes en suivant les berges, nos hommes se décident, dès qu'ils aperçoivent un bief navigable, à transporter leur bateau par terre sur les 8 kilomètres qui séparaient les deux zones saines de la rivière. En une demi-journée, c'est chose faite, le boat est remis à l'eau; il y a bien encore par ci, par là, quelques endroits dangereux, mais, somme toute, on

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peut passer. Ils ne tardent pas à rencontrer une autre rivière un peu plus importante que la Nana et qui, grossie de cet affluent, atteint une trentaine de mètres de largeur. Elle paraît profonde.

Le vapeur pourra y naviguer. Ils la reconnaissent pendant quelques kilomètres et décident de revenir. Le 8 décembre, ils étaient de retour. Huntzbûchler m'assurait qu'en nettoyant soigneusement la rivière, le Leon-Blot passerait aisément. Un point seul restait pour moi dans l'ombre. Ce cours d'eau dans lequel se jetait la Nana s'appelait Guiroungou, d'après les indigènes.

Mais Guiroungou voulait dire simplement ((grande eau». Était-ce le Gribingui ? Si oui, nous l'aurions donc trouvé à une soixantaine de kilomètres en amont de l'endroit où Maistre l'avait traversé. La rivière Nana, coupée une première fois par ce voyageur, n'était donc pas la même que celle qu'il avait reconnue près du village de Yagoussou. Quelques jours après, mes doutes cessèrent; le Guirouugou était bien le Gribingui, et on me dit que le village de Yagoussou était situé à deux jours de marche dans le Nord à partir des chutes, et que la rivière (identifiée à tort avec la Nana) qui se jetait dans le Gribingui près de Yagoussou s'appelait Vassa. Peu importe d'ailleurs, car cette hypothèse inexacte du voyageur qui m'avait précédé me faisait gagner trois jours de marche environ. Tout était donc pour le mieux; il n'y avait plus qu'à

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