LE LAC TCHAD
dans la direction de Hadjer-el-Hamis ou « Pierre du Jeudi ». C'est un lieu de pèlerinage célèbre.
Le fleuve Ghari, en se déversant dans le Tchad, forme une série de bancs qui s'étendent sur une zone de 1 000 mètres environ. On peut prévoir que, peu à peu, de nouvelles îles se formeront là et que des passes nouvelles s'établiront entre elles. Une fois cette zone de bancs franchie, on est en eau très profonde : le Tchad est donc navigable. C'était ce qu'il importait avant tout de savoir. Si loin que la vue s'étendait, on n'apercevait plus aucun arbre sur les îles de la rive. M'étant informé si nous pouvions trouver du bois, notre pilote me dit qu'il n'y en avait qu'au Kanem. Plus de bois pour alimenter la chaudière du Leon- Blot, c'était l'impossibilité de continuer... On aurait pu, il est vrai, revenir sur ses pas, créer un poste à bois, y déposer tout notre matériel et embarquer du combustible dans les deux baleinières et sur le vapeur. Mais nous étions cinquante en tout. Devions-nous laisser une vingtaine d'hommes en arrière, les exposer à être massacrés et compromettre les résultats acquis ? Je ne le pensai pas, et ce fut aussi l'opinion de mes collaborateurs. Le retour fut donc décidé.
Nous quittons le Tchad. — Ma rentrée en France. — Los envoj^és Baguirmiensà la revue finale des grandes manœuvres. — Départ de Bretonnet pour le Chari. — Les menées de Rabah nécessitent mon retour au Chari. — Malheureux, mais glorieux combat de Togbao.
Le 2 novembre 1897, au lendemain de cette journée mémorable qui avait vu notre prise de possession des eaux du Tchad, nous nous décidâmes à revenir en arrière. Notre montée du fleuve s'opéra sans le moindre incident; partout nous reçûmes un excellent accueil. A Goulfei, plusieurs milliers d'indigènes groupés sur la rive nous firent fête à notre passage. Nous revoyons le Logone, Koussouri, etc., et nous arrivons enfin au Baguirmi.
Nos deux compagnons, Youssef et Sliman, débarqués à Bougoman, se dirigent sur Massénia pour rendre compte de leur mission au sultan Gaourang et pour lui porter une lettre de ma part.
Je lui demandais de me confier deux notables, pour rentrer en France avec moi. Ma requête fut accueillie favorablement, et le 23 novembre, nous recevions, avec sa réponse à Bousso, les deux ambassadeurs qui devaient m'accompagner. C'était d'abord notre ami Sliman, qui nous avait guidés vers le Tchad, et un homme de moindre importance appelé Lamana.
Sliman, personnage très intelligent, lettré, était de naissance libre et avait le gouvernement d'une province. Son titre était (( aguid Mondo ». Il était de plus le beau-frère du sultan, ce dernier ayant pris sa sœur comme une de ses quatre épouses légitimes.