RETOUR
Le programme dont le Gouvernement m'avait confié l'exécution était donc largement rempli.
Nous avions trouvé la plus courte et la meilleure voie de péné tration entre les bassins de l'Oubangui et du Chari; des postes allaient y être créés. Nous avions exploré en leur entier le Gribingui et le Chari, complètement inconnus sur la plus grande partie de leur cours. Nous avions conclu un traité avec une puissance musulmane, leBaguirmi, et nous nous étions largement documentés sur les États voisins : Ouadaï, Kanem, Bornou. Je revins de cette première campagne avec une idée très nette de la force et de la puissance de Rabah, de son organisation militaire et enfin des principaux détails de sa vie. Je compris, dès ce moment, que nous trouverions en lui, un jour ou l'autre, un adversaire redoutable... L'événement ne tarda pas à prouver que je voyais juste...
Les eaux baissaient depuis la fin du mois d'octobre. Il pouvait ne pas être prudent de prolonger davantage notre séjour à Bousso. Aussi nous mîmes-nous en route de suite. La navigation dans le Chari s'effectua très heureusement ; il en fut de même dans le Gribingui ; mais les eaux qui avaient beaucoup diminué ne couvraient plus les seuils de cailloux que j'avais remarqués à la descente, de sorte que trois rapides fort dangereux s'étaient formés. Nous les franchîmes avec assez de difficulté, et, le 12 décembre, nous faisions notre rentrée au poste du Gribingui. Fredon, qui
SLIMAN, CHEF DES AMBASSADEURS BAGUIRMIENS VENUS EN FRANCE AVEC M. GENTIL.
en avait eu la charge pendant mon absence, m'apprit que Prins s'était rendu chez Senoussi depuis quinzejours.il n'avait pas eu la précaution de réclamer un otage au chef musulman, si bien que
j'étais très inquiet sur le sort de notre agent.
Je décidai de le faire revenir. Mais pour ne pas créer de complications, il me fallait user de ruse.
J'écrivis donc à Senoussi une lettre, dont voici quel ques extraits :
Après les salutations... nous vous informons que nous avons atteint les eaux du lac Tchad. Nous avons traversé tous les pays de Rabah . Nous y avons reçu le meilleur accueil. J'ai avec moi des envoyés.
J'ai donc beaucoup de choses à vous dire, mais il vaut mieux que ces choses soieLt confiées à quelqu'un de sûr, qu'écrites sur un papier pouvant se perdre. Je vous prie donc de me renvoyer M. Prins pour que je le mette au courant de la situation. Je lui écris de ne prendre de ses bagages que le strict nécessaire, afin qu'il ne perde pas de temps; le reste, vous voudrez bien le faire mettre en lieu sûr pour qu'il n'y ait rien de perdu. Je désire que vous m'envoyiez pour vendre, un cheval noir avec une tache blanche au front.. .
Gentil.