LE LIEUTENANT GALLAND
autour de lui que quelques centaines d'hommes décidés à mourir à ses côtés, a réservé son feu. Les pieux sont trop élevés pour qu'on puisse les escalader. Le maréchal des logis de Possel- Deydier, en tête de sa section, se précipite et, prenant un de ces énormes madriers à pleines mains, il essaye de l'ébranler. C'est en vain, l'ouvrage est trop solide. Deux balles l'atteignent. Quatre hommes sont tués autour de son corps, que le lieutenant Galland finit par emporter. On se replie un peu en arrière, à l'abri des cases. Le capitaine Jullien rallie ses hommes, sans hâte, sans précipitation et le feu recommence. L'artillerie, qui a été servie par un sous-officier nommé Delpierre, le brigadier Intès et le canonuier Guégan, manœuvre comme à l'exercice. Elle se maintient à soixante-dix mètres de la place et par son feu intense empêche toute tentative de sortie de l'ennemi.
Le combat continue ainsi jusqu'à trois heures. L'ennemi s'ob stine à ne plus vouloir sortir. On sent qu'il se cantonne à l'abri de ses palissades ; son moral est très affaibli. Ses pertes sont
COMBAT DE KOUNO.
LE BRIGADIER INTÈS, LE MARÉCHAL DES LOGIS LEVASSOR, LE CANONNIER GUÉGAN AUTOUR D'UN DE NOS CANONS DE 65 MILLIMÈTRES.
considérables. Outre Othman Gheiko sont tombés Faki Ahmed Ould Ibrahim, puis Boubakar, le plus vaillant des chefs de Rabah, celui qu'il estime le plus; la plus grande partie de son monde est en fuite et les nombreux cadavres qui restent sur le terrain montrent au conquérant noir que décidément la victoire ne peut être à lui. Ni le vapeur, ni la tête de Robillot, ni la mienne, ne lui serviront de trophées. Aussi, quand Boubakar, blessé à mort, lui propose de tenter une dernière sortie, se contente-t-il de lui montrer les corps qui l'entourent en lui disant : « Vois cela et dis-moi si c'est possible ».
De notre côté, hélas ! les pertes sont sensibles : le maréchal des logis de Possel tué, le lieutenant Galland, le capitaine de Lamothe, le sergent Gathala légèrement contusionnés ; le lieutenant Kieffer a le bras traversé, le capitaine Robillot est sérieusement blessé. En outre une trentaine de Sénégalais sont tués, une centaine blessés. J'ai dû me démunir de presque tout