‹ La chute de l'empire de RabahChapitre 78 sur 101 · LA VEILLÉE DES ARMES · texte numérisé non relu

LA VEILLÉE DES ARMES

trouvé en cette ville le fils aîné de Hachim, l'avant-dernier sultan du Bornou. C'est lui qui est l'héritier légitime du trône du Bornou, qu'il revendique d'ailleurs. Seul, à défaut de l'Allemagne qui n'a pas encore occupé le pays, il peut nous autoriser à pénétrer sur son territoire. Je lui fais donc écrire par Gaourang une lettre de véhémente protestation contre les agissements de Rabah. Je lui représente la violation du territoire baguirmien et les excès qui s'y sont commis. Enfin je le mets en demeure de remédier à cet état de choses qui ne saurait durer plus longtemps.

Le cheik Omar Scinda répond à G-aourang qu'il trouve ses réclamations très légitimes, mais que, ne disposant pas de forces suffisantes pour venir à bout de Rabah, il autorise Gaourang et ses alliés à pénétrer en territoire bornouan et à se joindre à lui pour lutter contre l'ennemi commun.

Cette pièce me permet d'agir à ma guise. Je ne commettrai, en entrant au Bornou de cette façon, aucune violation de territoire, puisque j'y suis autorisé, à défaut de la puissance protectrice qui n'occupe pas le pays, par le chef de l'État protégé. Ceci réglé, je pouvais rédiger l'ordre du jour suivant :

Le Commissaire du gouvernement,

Vu ses pleins pouvoirs, Décide :

Les opérations contre Rabah seront dirigées par M. le chef de bataillon Lamy, qui, en outre des troupes déjà sous son commandement, disposera des troupes du Chari.

L'objectif de la colonne sera toujours Rabah qui sera attaqué partout où il se trouvera.

Signe : Gentil.

En possession de cette décision, le commandant Lamy fixe ses instructions de détail. Tous les officiers sont appelés et reçoivent des ordres. Il est prescrit que nos troupes seront sur pied le lendemain à six heures. On travaillera même la nuit s'il le faut. Chacun se met à la besogne sans tarder.

Pendant ce temps, je règle diverses questions politiques avec

L'EMPIRE DE BABA II

Gaourang et le cheik Omar, qui sont installés chez moi. Le pauvre cheik ne paie pas de mine. Petit de taille, la figure

osseuse, il est vêtu, plus que simplement, d'une longue robe bornouane et d'un pantalon d'étoffe légère. Il est chaussé de babouches en cuir jaune, et a la tête couverte d'une sorte de petite calotte d'un blanc sale. Il ne quitte pas son chapelet, qu'il égrène constamment en causant. A côté de lui, et assis sur le même tapis, Gaourang, splendidement vêtu, écoute les doléances du cheik Omar et lui fait les siennes.

Il est vraiment très drôle de regarder ces deux fourbes, l'un gros, l'autre maigre, qui essaient de. se tromper réciproquement. Gaourang tient à rentrer en possession de toutes les femmes que lui a enlevées Rabah et cherche à persuader au cheik Omar qu'il doit les lui restituer. Ce dernier, qui se voit déjà sur le trône du Bornou, ne songe pas sans inquiétude au danger que vont courir ses futurs sujets, en face des 1 500 Baguirmiens qui se trouvent en territoire bornouan ; aussi est-il très accommodant. A tout ce que demande Gaourang, le cheik souscrit presque immédiatement. En retour, Gaourang promet au cheik Omar qu'il punira sévèrement celui de ses hommes qui fera le moindre tort à un Bornouan. Bref, ils sont d'accord sur tous les points, et alors ils se congratulent et se serrent les mains avec effusion...

Tandis que devisent ces deux hommes, les nôtres achèvent leurs derniers préparatifs. La nuit se passe ainsi, sans que personne ferme l'œil. C'est la veillée des armes. L'heure décisive va bientôt sonner où nous nous mesurerons de nouveau avec l'armée de Rabah.

Combat de Koussouri. — Mort de Rabah. — Mort du commandant Lamy. — Chute définitive de l'empire de Rabah. — Marche sur Dikoa. — Poursuite de ses fils. — Retour de la mission Saharienne. — Rabah, son œuvre.

Le 22 avril au matin, les troupes se rassemblent en dehors de la ville pour marcher à l'ennemi. On a laissé à Koussouri une garnison d'une centaine d'hommes, composée principalement de malades et de blessés, sous les ordres du lieutenant de Thézillat, non encore guéri de la blessure qu'il a reçue au combat du 9 mars.

Les effectifs à la disposition du commandant Lamy sont les suivants ! :

Mission du Ghari : 3 compagnies ayant un total de 340 fusils avec 500 coups à tirer par fusil; 2 canons de montagne de 80 millimètres approvisionnés à 250 coups par pièce.

Mission Afrique Centrale : 174 fusils avec près de 300 coups par fusil; une pièce de 80 millimètres de montagne avec une trentaine de coups à tirer seulement.

Mission Saharienne : 274 fusils avec 130 coups par fusil, plus 50 fournis par nous; un canon de 42 millimètres à tir rapide avec 200 coups environ.

Les deux missions, Afrique Centrale et Saharienne, mal approvisionnées en munitions, comme on le voit, avaient une cavalerie très bonne. Les troupes du Chari n'en avaient pas, mais en revanche possédaient des munitions d'infanterie en quantité suffisante et une artillerie excellente. La réunion de ces trois groupes entre les mains du commandement militaire

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