LA MARCHE SUR KOUSSOURI. — PASSAGE DU LOGONE
Pendant que s'opère le passage du Logone par nos troupes, j'entre dans Koussouri avec le commandant Lamy. La ville, qui s'étend tout le long du fleuve, est bâtie en forme de demi cercle. Elle est entourée, saufdu côté du Logone où la berge est très élevée, d'une enceinte en terre battue, épaisse à la base de plusieurs mètres et allant s'amincissant vers le sommet. Plusieurs portes en bois très dur permettent l'accès dans la ville. Un terrain vague, large de deux cents mètres environ, sépare les maisons de la muraille.
Cet espace sert d'emplacement pour le marché. C'est là aussi qu'on jette tous les détritus de la ville.
Dès qu'on y pénètre, on est saisi par une odeur in suppoi" table de poisson corrompu et de chair en décomposition. L'air est vicié par les cadavres de chevaux qui pourrissent dans le fleuve...
Le commandant, à qui je fais part de l'impression désagréable que je ressens, m'apprend que, lors de la prise de Koussouri, les Rabistes avaient traversé le Logone pour fuir. Vigoureusement poursuivis par les tirailleurs algériens et soudanais, qui du haut de la berge tiraient sur eux, ils laissèrent
dans le fleuve bon nombre des leurs, ainsi que des chevaux. Gomme on n'avait pu les enterrer, leurs cadavres restaient là, empoisonnant l'atmosphère et la rivière, dont l'eau n'était plus potable.
Les maisons de Koussouri, assez mal entretenues en général, tombent pour la plupart en ruines. Beaucoup sont surmontées de terrasses et ont un premier étage. Des murs les entourent, constituant ainsi des cours où sont construites de petites cases en terre servant à loger les esclaves.
Le commandant habite la maison de l'alifa de Koussouri qui est relativement confortable. C'est une espèce de forteresse aux murs extérieurs très épais. Une porte en bois énorme se trouve à l'entrée principale, qui donne accès à une espèce de voûte servant de corps de garde.
De là on pénètre dans une première cour, au fond de laquelle se trouve la maison d'habitation, qui se compose d'une vaste salle où très vraisemblablement le propriétaire, gros personnage, donnait ses audiences. Au-dessus, une terrasse et des petites maisons en pisé couvertes de chaume. C'est ce logis que je partagerai avec le commandant Lamy.
Je m'y établis avec lui et nous causons. Depuis quelques jours, il est tout à fait renseigné sur les mouvements de l'en nemi dont il connaît maintenant la position exacte. Tous les soirs, des patrouilles de deux ou trois hommes, commandées quelquefois par un officier, vont reconnaître le terrain, soit par terre, soit par eau.
Le commandant n'a qu'une crainte, c'est qu'en apprenant notre arrivée, Rabah ne déguerpisse. Aussi me demande-t-il d'ordonner l'attaque pour le lendemain. J'hésite un peu : nos hommes sont bien fatigués ; pourra-t-on disposer tout le matériel en quelques heures ? Peu importe, on le fera.
Toutefois il reste un point délicat à régler. Rabah est en territoire reconnu à l'Allemagne. Les conventions internationales nous empêchent d'y pénétrer. Comment faire? Heureusement le commandant Lamy, lors de son passage à Zinder, a