NOS PERTES
LES ETENDARDS DE RABAII.
avait reçu une balle à l'articulation du genou ; son état paraissait très grave. Les pertes des trois groupes indigènes se décomposaient comme suit :
Mission du Chari : dix tués ou morts de leurs blessures et vingt-sept blessés, soit 13 pour 100 de l'effectif engagé.
Mission Afrique Centrale : sept tués et quinze blessés, soit 13 pour 100 également hors de combat.
Mission Saharienne : deux tués, onze blessés, soit 6 pour 10O1 hors de combat.
L'ennemi laissait sur le terrain un millier de morts, tous ses étendards &t les trois pièces de canon prises à Bretonnet, qui restaient abandonnées en dehors du tata.
On rassembla alors les blessés sous un grand arbre où l'excellent docteur Allain, assisté de ses camarades Haller et Ascornet^ se mit en devoir de les panser.
Assis sous ce même arbre, nous causions des divers incidents du combat, quand deux tirailleurs, s'avançant vers moi, me dirent: « Rabah est mort ».
Depuis tant d'années, on m'annonçait cette mort toujours démentie, que je crus à un faux bruit, et haussant les épaules, je leur répondis : « Eh bien ! s'il est mort, apportez-le moi ».
Les deux tirailleurs s'en vont et dix minutes après reviennent avec une tête fraîchement coupée. «Voilà Rabah.... »
De suite j'appelle Samba Sali qui a vu de près le conquérant soudanais, puisqu'il a été son prisonnier après Togbao... Je l'interroge... (( Oui, me répondit-il, c'est la tête de Rabah. »
D'autres personnes arrivent ensuite, qui toutes me confirment l'exactitude du fait. Un des petits esclaves de Rabah, qui est couché, percé d'une balle dans le flanc, reconnaît aussi la tête de son maître.
Le tirailleur, qui a apporté ce sanglant trophée, appartient à la mission Afrique centrale. Ancien soldat de Rabah, il a déserté depuis quelque temps et a été engagé par le capitaine Joalland. Il me raconte que se lançant à la poursuite des fuyards, il avait aperçu un homme paraissant blessé qui cherchait à se dissimuler derrière des buissons. De peur qu'il ne s'échappât, il lui tira un coup de fusil qui l'atteignit en pleine tête.
Il s'approcha alors de sa victime dans laquelle il reconnut Rabah.
J'avoue que mon premier mouvement fut de la pitié. Cet homme, dont la tête sanglante gisait à mes pieds, fut un brave, et la façon dont il s'était défendu aurait dû lui valoir au moins d'avoir la vie sauve... Certainement, s'il était tombé vivant entre mes mains, je l'aurais épargné. Mais la destinée ne l'a pas voulu ainsi. La justice immanente était intervenue, lui faisant à son tour payer ses crimes et le sang des innocentes victimes, qu'il avait immolées depuis tant d'années. Et je songe aussitôt à la fin tragique de ce chef si longtemps victorieux, qui commandait à des milliers d'hommes, qui remplissait toute L'Afrique Centrale du bruit de ses conquêtes et de ses cruautés