‹ La chute de l'empire de RabahChapitre 82 sur 101 · MORT DE R A BAIL · texte numérisé non relu

MORT DE R A BAIL

et qui tombait seul, abandonné de tous, durant la retraite de son armée...

J'allai de suite annoncer moi-même cette nouvelle au pauvre commandant Lamy, sur son lit de douleur. Le vaillant soldat eut un sourire de contentement. Se sentant déjà mourir, il s'en allait certain que le sacrifice de sa vie, qu'il venait de faire si noblement, si héroïquement, n'avait pas été inutile.

Cependant tout se tait. Les quelques détonations qu'on entend encore de temps en temps se font de plus en plus rares. Les troupes se rassemblent peu à peu dans l'intérieur du tata. Le capitaine Reibell revient ; je le prie de faire venir un courrier rapi de au lieutenant de Thézillat pour lui annoncer le résultat de la journée, et pour lui demander défaire venir les embarcations en acier et le chaland, afin d'y mettre les blessés. C'est la seule façon de pouvoir les ramener à Koussouri, sans les faire trop souffrir.

Nous attendons les embarcations pendant plus de deux heures. Autour de nous c'est le spectacle de la mort hideuse, sous toutes ses formes. Le sang des cadavres, qui s'est coagulé, prend une teinte brune et déjà une odeur fade et pénétrante s'en dégage. Les oiseaux de proie, les vautours s'abattent sur ce charnier et commencent leur lugubre festin. C'est horrible!

Enfin, le chaland et les baleinières accostent. On conduit le commandant Lamy, le lieutenant de Chambrun, le lieutenant Meynier, le lieutenant Galland, ainsi que les autres blessés, dans le grand chaland. Les morts sont placés dans les baleinières. Le commandant Lamy semble avoir perdu connaissance; son cœur ne bat plus que faiblement, ses extrémités sont froides. Le docteur Haller accompagne le convoi qui remonte le fleuve.

Une heure après, nous faisons notre rentrée dans Koussouri. L'attitude de la population a complètement changé. Les figures des indigènes, que j'avais remarquées sombres et inquiètes dans la matinée, paraissent rayonnantes. On nous accueille par des salves et des cris de joie.

En hâte nous regagnons nos demeures respectives; vers huit heures du soir seulement, le convoi de blessés arrive à Koussouri. Le docteur Haller, débarquant le premier, vient nous annoncer la mort du commandant.

Bien que prévue, cette nouvelle nous atterra. Ce valeureux soldat, que j'avais vu le matin même si plein de vie, donnant ses ordres d'une façon si nette, n'était plus qu'un cadavre. Ah ! la victoire qu'il nous avait donnée, coûtait bien cher ! Ses soldats avaient perdu en lui un chef admirable, et le pays, un de ses plus brillants officiers. Pourquoi fallait-il qu'un triomphe aussi complet fût assombri par un pareil deuil!

Nos morts sont rassemblés dans le tata. Dès le lendemain matin, on fait leur toilette funèbre et l'on se dispose à les ensevelir.

Toute la garnison a pris les armes pour accompagner à leur dernière demeure les braves qui sont tombés; nous allons les enterrer à l'extérieur de la ville dans l'espace libre compris entre les maisons et les remparts. Il plane alors sur nous tous, sur les nôtres comme sur les indigènes, une immense tristesse. La terre qui va recouvrir nos morts de la veille est une terre lointaine, mais Dieu merci! c'est une terre française qu'ils ont conquise au prix de leur sang.

Après quelques paroles d'adieu prononcées par le capitaine Reibell, par le capitaine Robillot et par moi, les tombes sont refermées et l'on se retire pour se préparer à poursuivre les opérations.

Pendant que se livrait le combat de Koussouri, Fad-el- Allah était en effet resté cantonné dans la ville de Logone. Une partie des fuyards rabistes l'y avaient rejoint et lui avaient apporté la nouvelle de la mort de son père. Il importait de le chasser de la ville.

Aussi, dès le surlendemain, 25 avril, la colonne, sous les ordres du capitaine Reibell, se met en route. Elle a été précédée par une reconnaissance de cinquante hommes de la mission Afrique centrale, sous les ordres du sergent Souley

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