‹ La chute de l'empire de RabahChapitre 87 sur 101 · RABAH · texte numérisé non relu

RABAH

qui fut celle de sa mort. Et s'il avait réussi, comme tout le faisait prévoir, on peut se demander avec anxiété ce que serait devenue l'œuvre de pénétration européenne, dans des régions qui eussent alors été tout entières acquises à un fanatisme intransigeant.

La mort, fort heureusement, ne lui permit pas d'accomplir ses desseins et vint arrêter son œuvre, qui n'était pas sans grandeur, si l'on en juge par ce qu'il fit au Bornou.

Dès que ce pays fut soumis, le nouveau sultan l'organisa. Il se rendit vite compte de l'impuissance qui résultait, pour le chef du pays du fait du système féodal des Bornouans, lequel, mettant en face du pouvoir la puissance des grands seigneurs, créait ainsi des séries d'États dans l'Etat ; mais d'un autre côté, nouveau venu, il vit que la tâche d'administration directe devenait impossible dans un pays, dont lui et ses gens ignoraient la langue et les mœurs.

11 laissa donc à la tête des diverses provinces des chefs locaux servant d'intermédiaires entre la population et le pouvoir suprême ; mais en même temps, il mit ces chefs sous la dépendance de ses principaux lieutenants 1 , qui reçurent ses instructions et qui, résidant presque continuellement près de lui, ne pouvaient lui inspirer aucune crainte.

C'était en somme une dictature militaire remplaçant le gouvernement féodal. Un système d'impôts était créé, chaque gouvernement devait fournir une certaine quantité de revenus, dont la moitié était pour Rabah, l'autre moitié pour le chef militaire et le gouverneur. Rabah ne semble pas avoir simplement employéses revenus à la satisfaction de jouissances matérielles. Il avait la conception d'une caisse publique, destinée à subvenir à l'entretien des troupes organisées en bannières (compagnies de 150 à 250 fusils), à la construction de bâtiments sains et confortables, enfin à la constitution de magasins de vivres en prévi-

1. La grande majorité de ces lieutenants était des Djellabas, originaires des bords du Nil. D'origine arabe, ils étaient, pour la plupart, très métissés de sang noir.

L'EMPIRE DE RABAII.

sion des campagnes prochaines. Si l'on ajoute à cela que, outre l'impôt, il augmentait ses ressources du produit des razzias faites au Baguirmi et aux pays païens, on comprendra aisément que, loin de diminuer la richesse du Bornou, Rabah Ta augmentée considérablement aux dépens de ses voisins.

Aussi pouvait-on prévoir que, dans un délai très rapproché et contrairement à nos premières idées, la population bornouane se serait non seulement résignée, mais aurait accepté le joug avec satisfaction.

Cette constatation, que j'eus l'occasion défaire, me démontra que dans le travail d'organisation que j'allais avoir à entreprendre, j'avais tout intérêt à m'inspirer de la méthode de Rabah, en y apportant, bien entendu, tous les tempéraments que l'humanité nous commandait.

Voyage à Dikoa. — Récit de la mort de de Béliagle. - Organisation des pays conquis. — Considérations générales sur leur avenir et sur Je parti que nous en devrons tirer. — Retour en France.

Avant de procéder à l'organisation définitive du pays que la vaillance de nos soldats vient de conquérir à la France, il me faut d'abord aller régler avec le cheik du Bornou un « modus vivendi » indispensable pour éviter des violations de frontière. De plus, je veux avoir des renseignements précis sur la mort de deBéhagle, ce qui m'oblige à aller à Dikoa.

Le capitaine Joalland, dont j'ai déjà utilisé les services en lui faisant faire une reconnaissance jusqu'à Logone, m'accompagne avec tout son monde. J'ai de plus, avec moi, sous le commandement du lieutenant de Thézillat, une quarantaine de tirailleurs et quelques spahis auxiliaires f qui doivent me servir d'escorte au retour.

Le terrain entre Koussouri et Dikoa est généralement très plat. La pluie n'est encore tombée qu'une fois ou deux ; aussi tout semble sec et aride. Des étendues de plaines immenses, où poussent quelques arbres chétifs et rabougris, c'est tout ce qu'on aperçoit. Nous avons vraiment la sensation d'un paysage saharien et ce spectacle n'a rien de bien attrayant.

On ne trouve de l'eau que très difficilement et quelle eau ! Jaune et boueuse, elle n'est presque pas potable. En la tamisant au travers d'un linge, il se dépose sur l'étoffe une couche de vase gluante très épaisse. Quand on fait le café avec cette eau, la

1. Ces spahis provenaient des anciens cavaliers de Rabah qui s'étaient rendus. J'en ai fait constituer un escadron par le lieutenant de Thézillat. Cet escadron est actuellement formé. Quelques-uns d'entre eux avaient pris part à l'attaque dirigée contre Prins à Fadjié.

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