Aujourd'hui la ruo de Poidhièvre
2. La malheureuse reine apprit la nouvelle de cette mort affreuse une demi -heure après que ce fidèle serviteur l*eut quittée.
m LË 10 AOUT 1792.
Rouge ; on ne l'écoute pas, on Taccable d*outrages, on Tégorge, on le met en pièces.
Les procès-verbaux et les comptes rendus nous montrent, pendant toute la journée du 10 août, d^ citoyens venant à la barre de l'Assemblée apporter des bijoux, de l'argent et des effets précieux trouvés aux Tuileries. A chaque instant, les délibérations sont interrompues par les remercie nients que le président leur adresse au nom de la nation. Mais, si on lit avec attention les discours mêmes de ces braves gens, on voit clairement que, pendant qu'ils font acte de probité, d'autres font acte de déprédation ^ L'un des déposants dit : « 11 se commet de grands pillages au Château. » Un second ajoute : « 11 serait très-instant d'envoyer des commissaires et des gardes pour empôclier le pillage. » On écoute à peine, et l'on ne
I . Ce qai le prouve mieux encore que les paroles des déposants, c'est le rapport que fît à la Convention, dans les derniers mois de 479^, Maignot, depuis si célèbre par son proconsulat
dans le Midi. Il y est proposé d'accorder une indemnité do 4 18,965 livres ;iu\ S('r\ itciirs du Cliàlcau, vicliines des vols et des pillages commis dans les appartemenls et chambres qu'ils occupaient aux Tuileries.
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prend aucune mesure. L'argentier du roi, qui tient à mettre à couvert sa responsabilité, présente un double de l'état des pièces qu'il avait le matin; il est fort mal accueilli. L'Assemblée répugne évidemment à se charger des objets précieux; elle invite ceux qui les lui apportent à s'adresser plutôt à la Commune qu'à elle; bientôt elle le leur ordonne par décret.
Dès lors, le courant change de direction, et ce qui a pu être sauvé du pillage va se noyer entre les mains de ceux qui se sont emparés de l'Hôtel de Ville.
• C'est aussi à la commune insurrectionnelle que
r Assemblée nationale confie le soin d'éteindre 1 incendie allumé aux Tuileries, et qui, après avoir dévoré neul cents toises de baraques, de masures et de maisons, gagne le pavillon Marsan, celui de Flore, et menace d'envahir le quartier Saiut-Honoré. Mais la commune a bien autre chose à faire qu'à empêcher la destruction du « palais du Tyran, ))
Le président de la Législative est obligé de donner lui-même des ordres aux pompiers. Ceux-ci ne tardent pas à annoncer qu'il leur est impossible d'agir : « On tire sur eux, on menace de les jeter dans le feu. »
Chabot, qui a visité le théâtre de Tincendie, rapporte qu'il est urgent d'en arrêter les progrès et propose de charger de ce soin le patriote Palloy, qui est, dit-il, u très-propre par son talent et son
civisme à rendre des services*. » Cette proposition est adoptée.
Peu de temps après, trois délégués viennent, « au nom des commissaires de la majorité des sections réunies, avec pleins pouvoirs de sauver la chose publique » (c'est ainsi que se nommait elle-même la commune insurrectionnelle), annoncer à l'Assemblée que le calme le plus profond règne dans la capitale, que des patrouilles nombreuses sauvegardent la sûreté des citoyens et des représentants du peuple; enfin que le commandant général Santerre veille smr la représentation nationale.
Rassurée par ces nouvelles, l'Assemblée nomme, sur la proposition de sa commission extraordinaire et de son comité militaire, douze commissaires* chargés de se rendre aux armées, de leur expliquer la révolution qui vient de s'opérer et de les rallier autour de l'Assemblée nationale. Aussitôt après, à trois heures et demie du matin, elle suspend sa séance. Quelques membres restent dans la salle pour maintenir la pernianence proclamée dès le commencement de la crise.
La famille royale a donc enfin , pour la première fois depuis quarante-huit heures, la possibilité de
4. Nous consacrons au patriote Pdlloy une notice biographique à la fin de ce volume.
2. Ces commissaires furent Lacumiie S.iint-Mii liel , (!;irnol l'aîné, Delmas, Hc^ilegarde, Kersiiinl, Prieur, Gaspario, Dubois- Dubay, Aatoneiie, Coustard, Peraldi, Rouyer.
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goûter quelques moments de repos. Le roi, la reine, et les fidèles serviteurs qui étaient venus les rejoindre dans la loge du Logographcy ou qui s'étaient tenus aux abords de ce misérable réduit, sont emmenés dans quatre cellules de Tancien couvent des Feuillants^. On y apporte à la hâte quelques meubles et un modeste repas.
Quatre cellules inhabitées depuis plus de deux ans, dont le carrelage est presque détruit, dont les murs sont dénudés, dont les fenêtres donnent sur des cours remplies d'hommes ivres de sang et de vin, et qui profèrent à chaque instant les plus horribles menaces : tel est le premier asile que trouve la malheureuse famille après le naufrage de la royauté. 11 ne lui était plus possible de se faire d'illusions. Les restrictions dont on avait entouré le décret sur la déchéance, la promesse de pourvoir immédiatement à la nomination d'un gouverneur du prince royal, ne pouvaient abuser personne. La reine l'avait dit : u Tout iinit avec nous. »
1. Ce couvent, attenant à la salle du JUanége, était alors occupé par les bureaux de l'Assemblée.