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décrets qu'ils viennent de rendre; les spectateurs et les pétitionnaires en sortent chargés. Mais bientôt les plus zélés reviennent annoncer que la populace ne veut pas plus suivre leurs conseils que ceux des députés, qu en vain ils ont clierché des officiers municipaux pour parler avec l'autorité qui leur manque; qu'à peine ont-ils rencontré quelques commissaires de police disposés à proclamer la loi au son du tambour.
L'Assemblée fait une seconde tentative et expédie de nouveaux commissaires. Ceux-ci lui rapportent de meilleures nouvelles. Henri Lariviëre annonce qu'aussitôt qu'ils ont été reconnus pour des représentants, ils ont été environnés par une foule de citoyens qui ont entendu avec respect, la téte découverte, la lecture de la loi : « Tous ceux qui m'entouraient ont juré de périr plutôt que de déshonorer la liberté par un crime. »
Et, se tournant vers la tribune du Lagographe :
w A coup sûr, il n'est pas une tète ici présente (et l'on doit m'entendre) qui ne puisse compter sur la loyauté française. »
L'Assemblée, qui ne demande pas mieux que d'être rassurée, applaudit très-vivement et se hâte de voter successivement toutes les mesures dont les jacobins et les sections ultra-révolutionnaires demandaient en vain l'adoption depuis un mois, et auxquelles elle avait jusqu'alors opposé un refus formel. Mais il faut aussi songer à payer les frais de la Révolution
qui vient de s'accomplir et à satisfaire ceux qui en ont été les auteurs ou au moins les complices. C'est Glioudieu qui se x^harge de la proposition : u Je demande, dit-il, que les fédérés, qui sont accourus de leurs départements pour nous défendre et qui nous ont si bien défendus aujourd'hui, soient payés des frais de leur voyage et reçoivent leur solde à compter du jour de leur arrivée à Paris. »
L'octroi de celte demande ne pouvait souffrir de difficulté. L'Assemblée se hâte de récompenser les Marseillais de la peine qu'ils se sont donnée à renverser la Constitution ; elle leur fournit les moyens de rester k Paris, aussi longtemps qu'il plaira à la démagogie de les y retenir pour achever son œuvre de destruction politique et sociale ^ .
Certains incidents de la séance du 10 août ont été habilement exploités par les écrivains ultra-révolutionnaires, qui en ont pris texte pour vanter outre mesure la générosité et le désintéressement de la populace victorieuse, I4ous ne voulons pas les passer sous silence; nous nous gardemns bien cependant de leur attribuer une importance qu'ils n'eurent point en réalité, mais que l'Assemblée, en sa faiblesse, s'efforça elle-même de leur prêter, quand elle ordonna à ses secrétaires de recueillir « les actes de
4. Nous donnons à la fin du volume une noie sur les indemnités extraordinaires qui furent accordées aux Marseillais, dans les mois.d'aoùt et de septembre.
vertu qui avaieot signalé la mémorable journée du 10 août » et d'en rédiger un précis à envoyer aux départements.
Ah ! s'il eût fallu recueillir tous les crimes, tous les actes hideux commis dans cette journée, les secrétaires de rÂssemblée n'y auraient pas suffi. Pendant qu'un marchand de vin, nommé Clémence, amène à la barre un Suisse qu'il a sauvé, l'embrasse avec effusion et s'évanouit d'attendrissement; pendant que des objets précieux sont déposés sur le bureau du président par des citoyens qui tirent des reçus et font inscrire leurs noms au procès-verbal, que de scènes de meurtre, que de déprédations nous aurions à raconter, si nous voulions entrer dans tous les détails révélés par les pièces officielles !
Peu de temps après que Clémence a fini son pathétique discours, on entend de nouveau retentir des cris de vengeance contre les Suisses, u ces assassins du peuple. » -
La commune insurrectionnelle avait donné l'ordre d'amener à la maison commune les prisonniers déposés aux Feuillants. Un premier détachement de soixante à quatre-vingts soldats désarmés est dirigé vers la place de Grève; en route, les mdheureux sont massacrés sans pitié. Pendant ce temps, d'autres Suisses prisonniers sont conduits au comité de la section du Roule. Le local se trouve bientôt trop petit pom* les contenir. Le comiiiandant de bataillon, lloudan, essaye de les faire transférer dans la caserne de
LË 10 AOUT 1792. 203
la rue Verte S et de là à Tliôtel de Ville ; mais la populace s*attroupe, les arrache à leur escorte et les égorge.
Après les meurtres en masse, raconterons-nous les
meurtres individuels? Qu'il nous suiTise de dire un mot sur les deux victimes les plus notables.
Le commandant Carie, longtemps chef de bataillon de la garde nationale (section Henri IV) et passé avec le même grade dans la gendarmerie de Paris, était un des officiers qui avaient montré le plus de détermination au 20 juin. Pendant presque toute la journée du 10 août, il était resté à la porte de la loge du Logographcj veillant sur les jours de la famille royale ; tout à coup il est appelé au dehors de la salle, entraîné vers la place Vendôme et massacré-.
M. de Clermont-Tonnerie, Tun des membres les plus distingués de l'Assemblée constituante, pendant qu'il passe tranquillement dans la rue, est désigné à la fureur de la populace, les uns disent par un de ses serviteurs, les autres par un boucher du marché de Sèvres. On ne. pouvait s'autoriser contre lui d'aucun grief : depuis deux ans il était en dehors des aifaires publiques ; mais on crie à l'aristocrate, à l'ami du roi. 11 est saisi, traîné dans la boue. En vain demande-t-il à être conduit à la section de la Croix-