‹ La chute de la royauté 10 août 1792Chapitre 27 sur 35 · L£ COMMANDANT BONNAUD · texte numérisé non relu

L£ COMMANDANT BONNAUD

( Voir page 81. )

Le chef du bataillon de Sainte-Marguerite (faubourg Saint-Aotoine), le commandant Bonnaud, honnête chirurgien de la rue de Montrenil, fournit le type exact du bourgeois qui a Tinstinct du bon et de l'honnête, et qui se laisse entraîner à détruire de ses propres mains le gouvernement qu'il a juré de défendre. Nous retrouvons ce type dans les histoires de la Ligue et de la Fronde, nous le rencontrons tous les jours dans nos rues et sur nos places publiques; il est impérissable.

Déjà, le 20 juin, Bonnaud avait cherché à empêcher son bataillon de suivre celui des Enfante-Trouvés dans la démonstration organisée par les meneurs de la section des Tuileries. N*y réussissant pas, il avait fini par se laisser entraîner ; « pour éviter l'effusion de sang, » il n'avait pas cru devoir laisser les gardes nationaux placés sous ses ordres se faire commander par un autre chef que lui-même et, protestant toujours avec énergie contre la violation flagrante de la loi, il avait assisté à la double invasion de l'Assemblée nationale et des Tuileries.

Les mêmes circonstaaces se reproduisant dans la nuit du 9 au 10 août, il se hâta, non de déposer son épée, mais simplement de prendre la plus naïve des précautions, afin que, s'il était de nouveau contraint et forcé de marcher à la tête de son bataillon, malgré lui insurgé, nul ne pût Taccuser d'avoir de son plein gré violé la constitution, il écrivit à la municipalité l'étrange lettre que voici :

« Messieurs les maire et adminislrateu>rs de la ville de Paris.

u Messieurs,

(i Vous savez sans doute que la section des Quinze- Vingts a arrêté que si le roi n'était pas déchu à minuit, elle sonnerait le tocsin et battrait la générale. Sur son invitation, le peuple de la section de la rue de Montreuil et de tout le faubourg se propose de Timiter. Je ne puis éviter de marcher à leur léte sous aucun prétexte, ni par aucun ordre, pas même Téloignement, qui exposerait ma famille et mes possessions. £n conséquence. Messieurs, je vous prie de me donner acte de ma déclaration , afin que tout ce qui pourrait arriver d'illégal dans cette démarche ne me soit pas imputé, attendu que je proteste et jure derechef que je ne violerai jamais la Constitution, à moins que je n'y sois forcé, u J'ai riionneur d'être, etc.

a BoNNAUD, commandant en chef du bataillon

de Sainte-Marguerite.

« Oê 9 aoftt 1793. »

L'insurrectioa du 10 août ayaot réussi, le pauvre coaimandant da bataillon Sainte-Marguerite fut le premier à s'apercevoir des conséquences de ses indécisions et de sa faiblesse. Les vainqueurs ne lui pardonnèrent pas son concours forcé, et il se vit aussi suspect que s'il avait franchement et courageusement accompli ce qu*en sa conscience il estimait être son devoir. Très-inquiet de la situation qui lui était faite dans son quartier, il adressa, le 1®^ septembre, au président de l'Assemblée législative cette très-curieuse pétition, dont nous respectons le style et l'orthographe :

« Monsieur le Président,

a J'ai l'honneur de vous observer que le sieur Momoro,

présidant la section des Cordeliers, dite de Marseille» vient de faire imprimer au Cercle social, rue du l'héâtre- Français, n® 4, la liste des électeurs qui s'assemblaient à la Sainte-Chapelle, dans laquelle il a inséré et fait in--

sérer mon nom. Cependant, je jure que je n'y ai jamais entré. Cette calomnie atroce m'a fait perdre la conûance de mon quartier, qu'une conduite sans reproche m'avait méritée après quarante ans que j'y demeure, parce que le peuple confond cette liste anonyme avec lacivUe. C'est d'après cette calomnie , contre laquelle j'ai protesté et fait imprimer, que la section de la rue de Montreuil, où je demeure, vient de faire imprimer et allicher, jusqu'à ma porte, une liste dans laquelle elle a mis mon nom sans autre formalité ni information. On m'a fait, en conséquence, toutes sortes d'outrages, désarmé jusqu'à mon

épée, après les avoir commandés honorablement depuis le premier jour de la révolution jusqu'au 15 de ce mois, que les vexations m'ont forcé à donner ma démission. On me menace de me pendre, je \i'ose sortir de chez moi ; si l'Assemblée n'a la bonté de venir à mon secours et de me mettre sous sa protection aujourd'hui, peut-être demain il ne sera plus temps. J'ai fait part de ma triste situation à M. le maire, je n'en ai pas eu de réponse.

« D'après ce fidèle exposé, dont je ne suis pas la seule victime, je vous prie, M. le président, d'engager l'Assemblée à faire exécuter la loi contre le sieur Momoro et tout autre calomniateur, sans quoi vous prévoyez que vos pénibles travaux deviendraient inutiles et la France déserte, puisque l'honneur, la réputation et la vie du plus honethome dépendrait du premier individu inconsidéré ou mal intentionné.

a J'ai l'honneur, etc.

^-commandant et électeur, rue de Montreuil, faubourg Saint-Antoine.

« Ce i** septembre, an i de Tégiditâ. »

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