ACCORDÉES AUX MARSEILLAIS
( Voir page 201. )
Dès les premières semaines de leur arrivée à Paris,
les Marseillais touchèrent, à toute sorte de titres, des indemnités à toute sorte de caisses. Non contents de la somme que Ghoudieu leur avait fait obtenir de la Législative, le 10 août, pour solde et frais de voyage (V. page201), non contents du prêt de trente sols par jour qu'ils touchaient comme tous les autres fédérés, ils se faisaient, le 12 août, compter 3,000 liv. par la Commune, sur la caisse dite de la fédération. Ils obtenaient , le 21 août, du ministre de lu guerre et du conseil exécutif, le prix des armes qu'ils avaient, disaient-ils, perdues dans la journ^ du 10. On comprend diflicilement que des vainqueurs perdent leurs armes dans un combat qui ne dura que trois quarts d'heure. Mais les Marseillais du 10 août étaient des héros d'un genre tout spécial. Ils restèrent deux mois à Paris, du 29 juillet à la fin de septembre.
Lorsque huit jours de marche les séparaient à peine des avant-postes de l'armée austro-prussienne, leur résistance passive aux invitations les plus pressantes démontra qu'ils étaient fort peu disposés à courir chercher dans les plaines de la Champagne des périls plus réels que ceux qu'ils étaient censés avoir affrontés devant la façade des Tuileries.
Nous n'en voulons pour preuve que l'arrêté suivant,
que nous avons trouvé consigné sur les registres du pouvoir exécutif :
Séance du 28 août.
« Le conseil, considérant qu'il importe que la ville de Paris fournisse, dès à présent, une portion des troupes pour marcher à la défense des frontières, arrête qu'en vertu de la loi du octobre, il requiert et ordonne que dix-huit cents grenadiers, dix-huit cents chasseurs, se tiennent prêts à se mettre en marche pour se rendre à la destination qui leur sera indiquée ; que huit pièces de canon seront jointes à ce détachement avec le nombre d'hommes nécessaire pour manœuvrer ces pièces;
tt Arrête, en outre, que les fédérés marseillais, hrestois et autres seront engagés à se joindre dès à présent à ce corps ;
« Arrête que la première division de ce corps partira
samedi. »
La commune insurrectionnelle fit partir les dix- huit
cents gardes nationaux pris parmi les véritables ouvriers parisiens. Mais elle retint avec un soin extrême les Mar-
seîllais, destinés à jouer un rôle important dans les massacres qu'elle préparait ^ Ces massacres accomplis, le rôle des Marseillais était terminé. H ne leur vint pas dans ridée de courir rejoindre à Valmy les braves qui défendaient le sol sacré de la France. Ils demandèrent à retourner à Marseille ; le pouvoir exécutif les supplia de se rendre au moins à l'armée du Midi ; les Marseillais consentirent très-probablement à recevoir l'étape, mais nous n'avons pu savoir s'ils se rendirent au poste qui leur avait été assigné ^ On perd leur trace à dater du 14 septembre, jour où fut pris le dernier arrêté du conseil exécutif qui ks concerne. L'histoire doit conserver cette pièce dans laquelle des félicitations chaleureuses sont décernées à ces assassins par les dépositaires de l'autorité publique.
Séance du ié septembre*
VL Les fédérés marseillais ayant témoigné le désir de
retourner dans leur pairie, le ministre de la guerre a pro-
I. La coopération ardente et presque excltisive des Bfaraeillais aux
massacres de septembre est constatée par la plupart de ceux qui écliappèrent à ces scènes hideuses, et notamment par les abbés Sicard et Saurin, qui étaient l'un à l'Abbaye, l'autre aux (larmes, par Jourgniac de Saiut-Méard et par le frère de Bertrand de MoUeviUe. Les individus avec lesquels ils furent en contact parlaient tous le patois provençal; ce fut môme à la connaissance de ce patois que les trois derniers durent leur salut.
S. Dans la correspondance du général en chef de Tannée du Midi avec le ministre de la guerre, on ne trouve aucune mention ni de l'arrivée de Cl' bataillon au camp de Cessieux uitle leur présence sur tout autre point occupé par cette armée.
posé qu'il leur fût écrit, au nom du conseil « une lettre
contenant des félicitations sur le courage et le patriotisme qu'ils ont manifestés pendant leur séjour dans la capitale et une invitation pressante de se rendre aux armées du Midi prêtes à entrer en Savoie, et qu'à cet effet rétape fût accordée aux fédérés jusqu'à leur destination. Le conseil a adopté cette proposition. »
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