LIVIE, LÉO
Livie est assise, sombre et rêveuse ; près d’elle, un petit coffret sur une table; à scs pieds, Léo. Au lever du rideau, elle froisse entre ses mains des lettres qu’elle vient de lire.
LÉO
Maîtresse, je suis née au pays des HéUènes.
Au lieu d’avoir appris à bien tisser les laines,
J’ai choisi la cythare, et je sais de ces chants Qui laissent dans l’esprit leurs baumes consolants...
Dis, veux -tu m’écouter î
LIVIE, à part, en remgltSbLl* lettres dans le coffret.
OH: ces lettres!
LÉO
Maîtresse,
Taîck, mon père, était un vieux barde de Grèce ;
Il nous contait le soir des contes merveilleux Dont la gaîté passait sur nos fronts soucieux.
Si tu veux, je pourrai, car j’ai bonne mémoire,
Comme le vieux Taîck, te conter une histoire?
LIVIE, à part.
O fille de Tyndare, ô Clytemnestre, ô toi Dont l’amour s’exalta jusqu’au mépris d’un roi,
Toi qui n’as pas connu de borne à l’adultère,
Qui te chargeas les mains d’un meurtre volontaire.
Dis- moi, dis-moi qu’Égysthe, adoré sans retour,
A vu dans ton forfait l’excès de ton amour!
LÉO
Tu ne me réponds pas?
LIVIE
Ton active tendresse
S’efforce à surmonter la doideur qui me presse...
Mais ne vois-tu donc pas, Léo, malgré tes soins,
Que le mal continue et n’en grandit pas moins ;
Yois-tu pas que mon front, sous une loi fatale.
Morne et sombre, devient de jour en jour plus pâle ? Ménage ma faiblesse; en l’état où je suis.
Toute chose qui rit excite mes ennuis.
Qu’ai-je à faire de chants où l'âme se déplÉe Dans des rayonnements d’e.sp6rance ou de joie?
Non. Montre-moi plutôt QE^pe épouvanté,
Cédant au pied d’airain de la fatalité ,
Dis-moi par quels chemins d’écueils, de pleurs nocturnes, Marchent au désespoir les âmes taciturnes ;