LIME
N’aime jamais!
LÉO
Prends-y garde, maîtresse :
Le désespoir s’augmente alors qu’on le caresse.
LIVIE
Séjan ii’aime que lui.
LÉO
Sois plus juste.
LIVIE
Aussi bien
Si je me heurte à tout et m’irrite d’un rien ;
Si le doute, l’orgueil, l’amour, la jalousie,
Ont versé dans mon sein leur sombre frénésie, Est-ce ma faute ? dis ; et puis-je ne pas voir Son amour qui décroît ainsi que mon pouvoir?.. . Tu ne le connais pas et je lis dans son âme.
LÉO
Enfin il a pour toi répudié sa femme.
Et, mettant son bonheur dans un prochain hymen. Que n’a-t-il pas tenté pour obtenir ta main?... Mais César ne put voir entrer dans sa famille Un simple chevalier pour époux de sa fille.
LIVIE
Te l’avoûrai-je? eh bien ! c’est depuis ce moment,
Que son débile amour m’échappe incessamment.
On dirait que mon nom, dont la grandeur m’oppresse. Le flattait encor plus, Léo, que ma tendresse.
LÉO
Tu peux te reposer sur son affection.
LIVIE
Et s’il n’avait agi que par ambition ?
LÉO
Quelle idée !
LlVlE.
Une idée?... eh bien, oui ! cette idée.
Elle est là, palpitante, et j’en suis obsédée.
Tunique de Nésus !... d’y penser seulement,
Je sens au fond du cœur comme un ébranlement. D’ailleurs, qui me répond qu’en son âme froissée,
Il ne regrette pas l’épouse délaissée.
O doute, ô désesjwir, ô farouche soupçon Qui tient la haine en laisse et trouble la raison !
Eh quoil j’aurais tout fait pour l’amour de cet homme, Tout tenté, tout bravé : Drusus, Tibère, Rome ;
Et vous, divinités des sombres actions.
Vous auriez entendu mes invocations...
Pourquoi? dieux punisseursl aûn que cette femme. Jusqu’au tombeau fermé me dispute son âme.
LÉO
Elle n’habite plus Rome.
LIVIE
Que fait ceci ?
Absente, elle est encor, Léo, de trop ici !
Silence, on vient à nous.