U VIE
Tu m’as liée à ton ambition.
Où j’ai trouvé six ans les tourments d’Ixiou.
Tu l’as fait froidement, Séjan. C’était infâme! Car jamais tu n’as eu d’amour pour cette femme, Qui, lasse de souffrir, se relève à. présent,
Et, pour les pleurs versés, te demande du sang I
• SÉJ.VIV.
Du sang ?
LIVIE
Oui. C’est un pacte entre nous que le crime.
Pour me déterminer à frapper la victime,
Tu médisais : « Je suis jaloux! » retiens ceci :
Ta femme doit mourir; je suis jalouse aussi !
(Apicala, qui vient d’entrer, fait un mouvement d'horreur.)
l.A CULTE DE SÉJAN.
SÉJAN
Dieux iiiiincrtels ! je crains de lire dans votre âme !
LIVIE
Tu ne comprends donc pas que je hais cette femme?... Oui, je la hais! son nom, son rang, sa chasteté.
Ses dédains, son orgueil, sa pudeur, sa beauté.
Sont autant de raisons qui m’animent contre elle.
Je la hais d’être chaste, et la hais d’être belle.
Je la hais, en un mot, parce que je la crains !
APICATA, à part.
Dieux grands !
(Elle disparnit derrière les tapisseries.)
LlVlE.
Depuis longtemps je souffre et me contrains.
Mais l’instant est venu de parler, voici l’heure;
Et je te dis, Séjan, que je veux qu’elle meure ;
Je te dis qu’il est bon, pour gage dè ta foi.
Que tu fasses enfin ce que j’ai fait pour toi !
SÉJAN
Je vous écoute et n’ose en croire mon oreille !
f’iVlE.
M’as-tu pas fait commettre une action pareille?
SÉJAN
Mais n’est-ce pas assez du crime déjà fait.
Sans ajouter encor cet horrible forfait?
I.e sang versé n’est pas cette pâle rosée Que boit l’herbe flottante, ou la terre épuisée. ..
C’est une œuvre terrible, où la main du destin
ACTR III.
S’appcsatilil d’ea haut sur notre front liautain. Une fois le pied pris dans le sinistre piège,
La fatalité parle, et l’enfer nous assiège ;
Malgré nous, nous marchons dans notre trahison ; Le meurtre veut le meurtre et porte sa moisson ; Funeste accouplement des brutales colères.
Où les fils sont encor plus hideux que les pères I
SÉJAN
Soit ! mais vous vous flattez trop tôt de son trépas. . . Si je vous disais, moi, que je ne le veux pas?
Tu n’oserais !
LIVIE
sf;j \N.
Qui ? moi ?
UVIE.
Dans ce moment suprême , Ne cherche pas, Séjan, à t’abuser toi-même.
D’ailleurs, j’ai trop avant déserté le devoir.
Pour que le repentir ait sur moi du pouvoir.
Cinq ans ont amassé cette colère intime.
Qui bouillonne, à présent, au cœur de la victim''. C’est en vain que je cherche uii autre sentiment, Que la réalité de mon abaissement.
Ton farouche dédain a transformé mon âme.
Tu m’as faite cruelle en me faisant infâme, l u n’as qu’à m’obéir !
SÉJAN
Madame. . .
LIVIE
Elle mourra...
Tu répondras après. — Sinon, César saura Par moi, moi qui d’avance accepte le supplice.
Quel crime j’ai commis, et (juel est mon complice !
SÉJAN
Enfin, nous y voilà ! Nature de serpent,
Qui glisse dans les doigts ou qui mord en rampant!
Et moi, qui n’y voyais que de la raillerie !...
Ah! tenez, vous avez l’àme d’une furie !
Dans le meurtre et la mort, V( us cherchez froidement Une raison d’amour et de rapprochement ;
Car c’e.st bien sur sa mort... — un attentat infâme! — Que vous avez compté pour ressaisir mon âme.
Mais depuis quand le crime aurait-il ce pouvoir.
De rapprocher deux cœurs qui souffrent h se voir? Dites?... — J’avais gardé jusqu’ici le silence.
Mais vous m’aurez contraint à celte violence.
Eh bien, mieux eût valu ne m’avoir pas poussé A remuer ainsi les cendres du passé !
Le passé ?. . . Savez- vous ce que c’est ?. . . c’est le crime ; C’est la terreur qui creuse entre nous un abîme ;
C’est le dégoût qui vient aux lèvres malgré ^i ;
C’e>t le mépris !
LIVIE
Drusus, lu te venges de moi !
SÉJAN
Chacun porte sa peine et traîne son supplice.
Que pouviez-vous attendre après tout d’un complice?
De l’amour?... j’ai tout fait pour vous aimer... eh bien Mes efforts réunis ne m’ont servi de rien.
Quand je vous approchais , barrière insurmontable,