‹ La chute de Séjan drame en cinq actes et en versChapitre 47 sur 78 · Livre · texte numérisé non relu

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Merci, Séjan. C’est grâce à ta brutalité,

Que je me trouve enfin devant la vérité.

Merci. Car, vois-tu bien, en entrant, j’étais folle ;

Je pouvais être prise encore à ta parole ;

Puis, résignée à tout, et contente du sort,

J’aurais baisé la main, qui me donnait la mort !

, SÉJAN, faisant un pas pour sortir.

Mtô instants sont comptés !

LIVIE, comme se parlant.

Nous étions en décembre.

Debout, pâle et muette, à l’angle d’une chambre.

Je tremblais ; car un homme était dans ma maison. Qui cherchait une coupe à mettre du poison !

SÉJAN, s'arrêtant, et jetant les yeux autour de lui arec inquiétude. Dieux !

LIVIE

Cet homme revint. Et sa lèvre glacée,

Semblait se comprimer pour garder sa pensée.

Il était pâle aussi, mais impassible et froid.

SÉJAN, tremblant.

Taisez-vous !

LIVIE

Dégageant sa toge du bras droit.

Il me tendit bientôt une coupe homicide,

En disant : Olx*is, je suis le parricide!

SÊJAN, lui saisissant le bras.

Plus bas !

LIVIE

Je voulus fuir. . . car mon âme et mon cœur, Je les sentais frémir d’épouvante et d’horreur 1 Mais cette même main, qui m’étreint â cette heure, M’arrêta, suppliante, au seuil de ma demeure.

SÊJÂN.

Plus bas !

La voix qui parle en ce moment me dit :

« Tu veux donc que je meure? Un oracle a prédit « Que Drususme tuerait : entends-tu bien, Livie?

« Drusus, qui veut ma mort, et dont tu tiens la vie ;

« Drusus, cette barrière éternelle entre nous ;

« Drusus, qui t’aime enfin, et dont je suis jaloux ! »

SÉJAN

Plus bas, plus bas !

LIVIE

C’était le soir ; ma main funeste Tenait la coupe horrible et digne de Thyesie;

Un nuage sanglant pesait sur mon esprit;

J’hésitais.. . mais bientôt le vertige me prit!...

Dieux vengeurs ! je crus voir sur les murailles sombres, Le doigt indicateur des infernales ombres...

Puis, tandis que j’allais, la main, la pâle main,

Semblait marcher, pour mieux m’indiquer le chemin !

Oh!

SÉJAN

LIVIE

Ce fut, n’est-ce pas, un bien horrible crime?...

ACTK 111.

Épouse, j’aitlioisi mon époux pour victime.

Femme, je demeurai lâche jusqu’à la fui.

Mère, j’aurais rendu mon enfant orphelin.

Mais pour m’être plongée en cette fange impure.

Moi chaste jusque-là, jusque-là sans souillure.

Dis, ne fallait-il pas dans ce cœur diininé.

Tous les entraînements d’un amour olTréné ?

Et tu veux maintenant que je cède la place,

Séjan ? Ose du moins me regarder en fa . e !

Mais tu l’aimes donc bien ? Ainsi je n’étais moi.

Mon amour et mon cœur, qu’un marchepied pour toi ? Un marchepied au trône !... Ah! t“nez, prenez garde : La main va vite au fer que la vengeance garde !

Au fait !

SfJAN.

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