‹ La chûte du prince Florestan de Monaco, racontée par lui-mêmeChapitre 2 sur 2 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

La morale à tirer de ma chute n'est pas applicable à l'état actuel de la politique anglaise. Les commentaires des trois journaux qui seuls en ont parlé Vendredi et Samedi dernier le démontrent suffisamment. Le Morning Advertiser, qui, tout Tory qu'il est, préfère lorangisme

radical au Papisme Tory (et la bière à tous les deux), m'a classé avec le prétendant Tichborne parmi les victimes des Jésuites. Or je n'ai pas été victime le moins du monde ; et si je l'avais été, c'est à mon obstination que j'aurais dû m'en prendre, car j'aurais certes pu rester à Monaco si je l'avais voulu, ou en soulevant l'opinion publique contre les prêtres, ce qui eut été immoral, ou en acceptant les conditions du Père Pellico, ce qui eut été humiliant. Le National Reformer^ organe de Mr. Bradlaugh, a sympathisé avec moi comme Eépublicain persécuté, et le Standard a dit que ma chute démontrait la nécessité absolue de maintenir la 25""® clause de la loi sur l'éducation, nécessité que je ne peux comprendre le moins du monde.

Au contraire la condition de l'Angleterre et celle de Monaco difièrent tellement que ce qui aurait réussi dans Tune aurait nécessairement

ifrliDiié dans lautrc. En Angleterre, vous avez une Eglise divisde, un petit noyau de Catholiques peu considérable quoique actif et grossissant, un monde de fasbion matérialiste qui passe alternativement de M. Wilkinson au Chanoine Liddon, de M. Haweis à M. Stopford Brooke, et qui ne croit pas un mot de ce qu'il disent, excepté M. Haweis ; mais, doctrinairement parlant, celui-ci ne dit rien. Vous avez Tancien corps Nonconformiste, encore habile et puissant, quoique plus faible qu'en 1868 ; et vous avez les Wesleyans, obtus, mais riches.

Vous avez encore des gens dont les deux tiers croient à la Bible pure et simple, mais eji accordant une supériorité au côté communiste du nouveau Testament, et un tiers qui ne croit à rien, si ce n'est à M. Charles Watts, à M. Austin Holyoake et à M. Bradlaugh. Les publications les plus prospères de votre pays sont VAlmanach

de Zadkiel et le Eeynolds's NewspapeVy feuilles ! qui âfont au deux pôles, mais également hostiles à tout ce qu'il y a de puissant, de riche et de respectable dans votre société. Existe t'il une ressemblance quelconque entre cet état de choses, plein de vie mais manquant complètement d'unité, et celui de Monaco, mort mais ayant foi dans un seul dogme? A Monaco, tous ceux qui croyaient — et qui croient le plus — étaient des catholiques fervents, gouvernés par un seul homme pour un objet politique. Si mon projet parlementaire avait prévalu, le vote cumulatif n'aurait pas réussi, et M. Hare se serait pendu au bâton de pavillon du château, car il n'y avait pas de minorité. Tels, dans l'ouest de la Prusse, les paysans auxquels M. de Bismark concédait tout à coup le suffrage universel et auxquels on demandait pour qui ils voteraient, répondaient d'un voix commune: "pour le roi." **Vous ne pouvez,"

"alors pour le prince royal," de même à Monaco la population aurait répondu "Pour le Père Pellico/'

Cependant il y a une morale à tirer de ma chute, et elle s'applique à la République Française. Je supplie mes amis du parti radical français de ne pas unir en France le radicalisme à des discours indécents prononcés sur les tombes aux " enterrements civils," ou à la négation de l'Immortalité de rame. En Angleterre, en dépit des efforts du Standard pour accoupler les athées avec les Républicains, cet avertissement est inutile ; mais en France il vient presque trop tard. Un système de gouvernment qui a pour adversaires toutes les femmes et pour partisans la moitié des hommes ne peut être permanent ; et tout parti qui identifiera la question religieuse avec la question politique et sociale, et lèvera Tétendart du matérialisme aura toutes les femmes pour ad ver-

saires. Il est douteux que les femmes renoncent

à Tespoir d'une compensation dans un monde

meilleur pour ce qu'on leur fait souflFrir dans

celui-ci.

Quant à ma chute à Monaco, j'ai été trop vite.

Je crois avec M. Freeman, votre historien anglais, qu'une soudaine solution de continuité dans les

institutions nationales est un malheur, et que

** le témoignage de l'histoire nous apprend que

plus le changement d'un forme de gouvernement

longuement établi est opéré avec précaution et

avec prudence, plus cette réforme a de chances

de durer." J'aurais pu rester à Monaco en

m'humiliant, mais il est certain que j'ai été

trop vite. Si mes sujets me rappellent, chose

qu'ils ne feront pas, j'espère, quand ce ne serait

que pour leur bonheur, je procéderai beaucoup

plus lentement. Mais je n'ai plus le temps de

continuer, car j'ai été mis dans l'équipage du

premier canot sans m'etre ontrainé, et nous devons passer la plus grande partie des vacances de Pâques à nous exercer, car nous avons une chance excellente " d'arriver les premiers."

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