‹ La CigaleChapitre 106 sur 151 · L. SIMONIN · texte numérisé non relu

L. SIMONIN

jouent un grand rôle ; elles occupent une bonne partie du journal.

Elles aussi sont distribuées avec ordre, par colonnes 5 sous des titres respectifs, ou jetées habilement çà et là : nouveautés, librairie, musique, machines à coudre, départs des steamers, propriétés à vendre, à louer, appartements meublés, pensions bourgeoises, maisons d'éducation, dentistes, médecins, pilules purgatives et autres, baume pour durcir et développer les seins, astrologie, chiromancie, magie, magnétisme, entrepreneuses de mariage ou de divorce, objets perdus ou retrouvés, employés, serviteurs mâles ou femelles demandés, offerts, amusements, théâtres, ventes à l'encan. Les pianos, les chevaux, les oiseaux ont aussi leur place. Le turf, le sport, le canotage, les pique-nique, les chemins de fer, les banquiers, tout s'annonce.

Voulez-vous un jockey ou un maître -queux, une compagne de voyage ou une nourrice sèche, comme on dit pour les bonnes d'enfants, un pur-sang anglais ou arabe, un orgue ou une épinette; voici le journal, vous avez le choix.

Tel industriel couvre par moments une page entière de ses réclames, et il donne volontiers à celles-ci une ordonnance cabalistique. Celui-là dépense ainsi plus d'un million de francs chaque année, et le dispute au puffiste Barnum, qui fait autant de frais, pour présenter à toute l'Amérique et au monde son cirque romain, ses bêtes féroces ou savantes, ou encore « le congrès des nations «, qu'il fait déliler sous de riches costumes devant les spectateurs ébahis.

Dès que ces nababs de la réclame suspendent leurs annonces, ils font des bénétices moindres ; voilà pourquoi

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ils renchérissent tous les jours sur les affiches déjà phénoménales de la veille.

Le New-York Herald a un tirage quotidien de 100,000 exemplaires. 11 s'ouvre par une colonne d'annonces à\\.QS personaL où les amoureux, sous des noms d'emprunt ou sous des signes convenus d'avance, donnent et re(^"oivent des rendez-vous, en révélant leur flamme aux belles misses qu'ils ont rencontrées. Le Figaro^ à Paris, a, depuis deux ans, imité ces sortes d'annonces, et il y gagne gros. '

« Hattie, voulez-vous adresser une lettre à Delta ? c'est le gentleman qui vous a salué vendredi à cinq heures dans Broadway; accordez -lui une entrevue. Répondez au bureau du Herald. »

Et le Herald, transformé en Mercure galant, signe à celui qui lui paye cette annonce un reçu, sur la présentation duquel la réponse, arri\"ée généralement par la poste, est délivrée. Si la demoiselle interpellée ne répond pas, assez de mauvais plaisants se chargeront de le faire pour elle.

9 LizziE, donnez votre adresse à Marion dans le Herald. » Lizzie reste silencieuse. Marion, sans se lasser, répète sa demande tous les jours. La belle à la tin répond : a Marion peut voir Lizzie à tel endroit et à telle heure. »

« Jolie Brunette, vous m'avez oublié. Je vous ai vue l'autre soir au théâtre ; écrivez-moi. »

C'est dans le personal qu'on se rappelle aussi aux amis, aux parents, dont on a perdu la trace et qu'on désire revoir. C'est encore là que ceux qui ont l'honneur ou le goût de la famille offrent ou demandent des enfants à

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