L. SIMONIN
adopter; mais ces sortes d'annonces cachent souvent autre chose de moins moral.
Quelquefois, apparaissent des tirades étranges, mystérieuses, comme celles-ci :
(( La plus CHERE PETITE FEMME DU MONDE. Donne-
la-moi à chaque instant, pour que je puisse assouvir cette faim qui sans cesse me dévore. «
« 1875. Je continue à vous aimer et toujours et partout. 1900. 1»
La correspondance par les journaux ne chôme jamais, et le Herald y trouve une source de profit inépuisable. On va jusqu'à y insérer des annonces de ce genre :
« Si celui qui m"a volé ma valise l'autre jour, quand nous traversions la rivière, m'en fait retour en gardant 20 dollars sur 50 qu'elle contenait, il ne lui sera rien réclamé. »
Il se glisse quelquefois, dans le corps même du journal, des annonces non moins piquantes. Je coupe la suivante dans la Tribune de Chicago :
« On demande un correspondant. Une jeune fille de vingt ans, étrangère dans la ville, désire faire la connaissance d'un homme marié, de quarante à quarante-cinq ans, comme ami. Les meilleures références seront données et demandées. »
Adresse : M"« J.- B. Thomas, poste restante.
Et cette autre, dans le Courrier des États-Unis, écrite en français comme le journal^ mais dans un français à double sens :
a Un jeune Américain voudrait faire la connaissance dune aimable dame française pour se perfectionner dans la langue. » Suit l'adresse.
Il faut aborder maintenant un sujet plus scabreux.
On offre efîrontcmenl chaque jour, dans presque tous les journaux, aux dames dans l'embarras, la vente de préparations spéciales, sous les noms mensongers ou déguisés de i pilules françaises ou portugaises » . On recommande bien de n'en pas user à celles qui sont enceintes, « car elles avorteraient inlailliblement ». On \'a plus loin : « des docteurs, des doctoresses », qui opèrent avec on sans médecine, donnent impudemment leur adresse et promettent un « soulagement » assuré, « en moins de vingtquatre heures » . Par moment, la presse épouvantée réagit. Le Herald, le Times, l'Express, le World, crient tout haut à l'infanticide; la Tribune éplorée commence un article de fond, sous ce titre : « L'Amérique demande des mères. » Des misérables, convaincus d'avoir provoqué des avortements et tué leurs clientes, sont condamnés; mais le lendemain, chacun recommence de plus belle.
Ce n'est pas tout. Le Siinday Mercury^ journal exclusivement réservé aux annonces d'amour, donne l'adresse des maisons de rendez-vous, tenues toujours par des dames veuves. Sous ce titre naïf: « Matrimonial », il fait connaître les demoiselles qui se proposent et les gentlemen qui cherchent des misses à débaucher. Il y en a pour tous les goûts et tous les âges :
« Un jeune homme de Aingt-un ans, frais sorti du collège, voudrait faire la connaissance d'une jeune iille qui n'eût pas plus de dix-sept ans, et qui apprécierait un véritable ami. Adresse : C.-A. Freeman, bureaux du Siinday Mercury.
« Un homme de moyen âge désire se rencontrer avec une robuste, joviale et saine demoiselle, qui n'ait pas plus de vingt-quatre ans, et qui soit libre de tout engagement. »