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LETTRE FAMILIÈRE

J'arri^•e de Monte-Carlo

Où j'ai vu se IcAcr sur l'eau

La lune ronde Laquelle à mes yeux éblouis A fait l'effet d'un gros louis

Doublé dans l'onde.

Sur les grands escaliers déserts, Une blondine, avec des airs

Très-moscovites, Daignait, vers dix heures moins quart, M'adresser, de son doux regard,

Quelques invites.

En rougissant, elle passa...

Je nen suis pas plus fier pour ça;

Car le cher ange, Les astres en furent témoins ! Devait me croire pour le moins

Agent de change.

Le tapis était engageant; Mais n'ayant pas besoin d'argent Pour cette année,

PAUL ARENE. i?

J'ai, sous la lune, mieux aimé M'en aller contempler la Mé- Diterranée.

Tout au bord d'un abîme bleu J'ai cheminé, tremblant un peu,

Et fait mes frasques Le longs des fabuleux rochers Où se rôtissent, accrochés.

Les Monégasques.

Entre des végétaux pointus.

Des aloès et des cactus

En fer de pique, J'ai cru voir passer les turbans De nos bons vieux aïeux, forbans

Venus d'Afrique.

Puis, toujours pauvre, mais serein.

J'ai bravement repris le train

Qui me ramène Vers les chers remparts couleur d'or Où je compte bien vivre encor

Une semaine.

Antibes, vrai paradis, j'en

Puis prendre à témoin d'Alheim (Jean) ;

Va voir ses toiles :

Ciels de nacre, criques d'azur Si claires qu'on dirait un pur

Salmis d'étoiles.

i8 LA CIGALE.

Contemple ce pays vermeil, Ce pays tout fait de soleil,

De nacre et d'ambre.

Où voudrait renaître Vénus, Où les gamins s'en vont pieds nus,

Même en décembre,

Et songe, si ton ciel est gris, Que de la chambre où je t'écris

Mes flâneries, Je vois un dattier se penchant Sur la boutique d'un marchand

D'épiceries.

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